La parenthèse (en)chantée…

Jeudi 17 octobre dernier, dès 7h du matin, les plus courageux pouvaient se ruer sur le traditionnel onglet Vente privée, non pas pour chiner un pull de marque à prix défiant toute concurrence qu’ils ne porteront de toute façon jamais parce qu’il ne reste que du vert pomme, et, franchement, qui porte du vert pomme ? Ni pour acheter un billet pour Disney à prix “cassé”, comprenez 40€ pour 15 minutes d’attractions et 8h de queue, mais pour voir en avant-première le dernier numéro de TARATATA. Depuis l’annonce fin mai qui a pris de court un peu tout le monde, il y a eu pétition et mobilisation des aficionados, puis réflexion et travail de la part des gens d’AIR. Résultat : l’émission prendra désormais ses quartiers sur la toile, et ne durera plus que 30 minutes, emmenée par un Nagui debout. Plus dynamique, moins de blabla que la version 1.0 de 90 minutes que l’on pouvait apercevoir le vendredi soir tard – ou le samedi matin tôt – sur la deuxième chaîne. Une grand-messe à laquelle j’avais eu la chance d’assister à plusieurs reprises…

Pour être tout à fait honnête, je ne suis pas un spectateur assidu de Taratata. Plus jeune, c’était trop tard, et récemment, ça correspondait à mon soir de pratique sportive. J’étais souvent lessivé en rentrant du foot, je me contentais de “comater” devant. C’était généralement l’heure où l’adrénaline du match redescendait, l’instant où, la garde baissée, les bras de Morphée en profitaient pour venir me cueillir…

Sur le plateau, c’est tout autre chose : on arrive bien en amont pour patienter assez longtemps, le temps de remplir la paperasse de cession des droits d’image, de passer au vestiaire déposer ses effets personnels dont le précieux smartphone avec lequel on comptait mitrailler. On se laisse guider par des hôtesses qui ont été sélectionnées sur des critères qui ne laissent guère de doute jusqu’au plateau qui grouille de techniciens en t-shirts noirs, de flight-cases et de câbles sur lesquels on viendra nécessairement buter. On se colle les uns contre les autres sur les estrades noires pour observer le ballet méticuleux des instruments et des caméras entrecoupé par les vannes du chauffeur de salle. Ça s’agite à mesure que le compte à rebours s’égrène, Nagui vient nous saluer et prodiguer les derniers conseils à l’assistance juste avant que la lumière ne vienne mourir pour plonger le plateau dans une obscurité qui n’a jamais été aussi excitante. 5 secondes, puis 4, 3, 2, 1 et le générique est lancé. À la télévision, on ne s’en rend pas bien compte, mais cet instant précis est unique, les frissons parcourent l’épine dorsale, les mains battent en rythme sur la compo de Goldman et l’on comprend alors que l’ambition de cette émission n’est autre que d’être un véritable concert. Le maestro sort de sa cachette de derrière le décor, foule le parquet de ses chaussures bariolées avant de déclamer la liste des invités à son bal en finissant chaque fois par sa tête d’affiche qui enchaine sans respiration un ou plusieurs morceaux qui donnent le ton d’entrée. Une note d’intentions pour la soirée à venir qui s’annonce rien moins que mémorable…

On n’oublie jamais vraiment la première fois. C’était en 2010, toute fin d’été, j’avais dégainé la chemise blanche pour respecter le dress code. Invité par une amie à l’accompagner, groupie de la première (et probablement de la dernière) heure de James Blunt qui devait officier ce soir-là. Un public très féminin a mis mes tympans au supplice, mais heureusement, Lilly Wood & The Prick que je découvrais et Raphael en duo avec Cali sur “Osez Joséphine” (qu’il reprendra lors de son concert filmé par Jacques Audiard) étaient présents également. Je retiens la folie de Nina Hagen, et les 3/4 d’heure passés dans la voiture de ma pote au pied de mon immeuble à refaire l’émission et le monde au milieu de la nuit…

J’ai mis 2 ans presque jour pour jour à retourner sur les lieux du crime. Entre-temps, j’ai réalisé un petit rêve de gosse en passant un certain nombre de mes midis calé dans un fauteuil rouge à déconner avec un animateur égyptien. Du coup, j’avais l’impression d’aller rendre visite à un ami sur son lieu de travail. En plus fun, ouais. Une jolie soirée à nouveau autour de Muse, Mika et Gossip. Je retiens quelques instantanés : la truculence de Beth Ditto, la reprise émouvante par Mika de “Everybody’s talkin’”, et sa main dans la mienne sur la douceur “I.C.U.” de Lou Doillon. Le retour en taxi à pas d’heure, trop fatigué ou trop émerveillé pour débriefer…

Deux mois plus tard, me revoici du côté de la Plaine Saint-Denis et j’aimerais bien vous raconter tout ça en détail, mais je me souviens juste qu’en allant déposer mon manteau au vestiaire, j’ai frôlé Alicia Keys dans le petit couloir qui mène au plateau. J’ai fait comme si de rien était, invitant mon pote devant moi à avancer un poil plus vite que je puisse exprimer loin de l’intéressée ce que cet épisode m’inspirait sur le moment. Trop sonore et visuel pour être décrit pertinemment, mais sachez que cela impliquait un écarquillement exagéré des yeux et une ouverture démesurée de la bouche accompagnés de l’emploi d’un terme que je ne reproduirai pas ici. Autrement, FUN. a repris les Stones et c’était bien. J’ai peiné avec Tryo, mais on m’a dit que c’est parce que je ne fume pas de drogue. J’ai aussi vu Jake Bugg défier la fashion police avec une veste de survêt’ par dessus sa chemise rayée. C’est aussi ça, Taratata…

La dernière fois devait être la dernière. La nouvelle était tombée sur les derniers jours de mai en même temps que la stupeur. Pour contrer la morosité, fut annoncé un gargantuesque dernier enregistrement à la mi-juin avec la présence d’un nombre incalculable d’artistes. J’ai convié un collègue de fauteuil pour présenter nos respects à cette place forte du PAF. Je l’ai attendu alors qu’il luttait sur les routes pour relier le Centre de la France à l’orée du 9-3. Il est arrivé juste à temps pour qu’on puisse poser une fesse et demie sur les estrades, serrés comme jamais, pour ce qui promettait d’être grandiose. Les portables (autorisés exceptionnellement) étaient de sortie, l’ensemble de tous ceux qui ont participé de près ou de loin à cette aventure s’étaient réunis au milieu de la scène capturés dans un long travelling arrière en ouverture d’émission. Ce DEVAIT être la dernière, et puis Nagui a balancé : “Taratata, vous allez en reprendre pour 20 ans !” On ne savait pas encore sous quelle forme, alors dans un sens, c’étaient des funérailles qui étaient célébrées. Mais j’ai assez écouté Cabrel pour savoir que l’on peut aussi s’amuser dans pareil cas, surtout avec l’impressionnante brochette d’artistes présents. Il y a toujours un peu de tristesse dans la joie et de joie dans la tristesse, c’est ce que semblait vouloir dire tout ce petit peuple à commencer par la “marraine”, Zazie. À la sortie, j’essaie de fixer chaque détail du plateau, profiter de tout ce que je peux prendre. Il est 3h du mat, dans 3 petits mois, j’aurai une fois et demie l’âge de l’émission, je me dis que je vais devoir rentrer en Vélib ou à pied, mais je m’en fous : j’ai 20 ans jusqu’au bout de la nuit…

On air_Taratata

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