Cahier de Mondial 2018 – Entrée #3 : “Passe ton outback d’abord…”

COMÈTE n.f. (lat. cometa, du gr. komêtês, chevelu). Astre du système solaire formé d’un noyau solide rocheux et glacé, qui, au voisinage du Soleil, éjecte une atmosphère passagère de gaz et de poussières à l’aspect de chevelure diffuse, s’étirant dans la direction opposée au Soleil en une queue parfois spectaculaire. La plus illustre est indubitablement celle dite de Halley (les Bleus), baptisée en l’honneur d’Edmond Halley, astronome britannique ayant le premier prédit son retour et déterminé sa périodicité – environ 76 ans. « Va voir, enfant, au tournant de la rue, comme les Filles de Halley, les belles visiteuses célestes en habit de Vestales, engagées dans la nuit à l'hameçon de verre, sont promptes à se reprendre au tournant de l'ellipse. » Saint-John Perse. Non, je n’ai pas les fesses à l’air…
Nous sommes le mardi 5 juin 2012, l’équipe de France achève sa préparation avant son départ pour l’Euro polono-ukrainien. L’Estonie est la conclusion d’une série d’oppositions amicales, à la MMArena du Mans. Sans forcer, les Bleus décrochent une large victoire marquée notamment par un doublé de Karim Benzema (36’, 47’). La 48è minute de ce France-Estonie sera la première des 1222 au cours desquelles l’avant-centre du Real Madrid n’inscrira pas le moindre pion en sélection. Cédant sous la pression d’une partie non-raciste de la France, le sélectionneur lui maintient sa confiance malgré cette longue éclipse.
1222, c’est également une année de passage de la comète de Halley, à croire que la numérologie régit les événements rares… Heureusement pour Benz, la périodicité de ses buts est légèrement inférieure à celle du corps céleste. Il ne lui aura fallu attendre que 493 jours, soit 1 an, 4 mois et 6 jours afin de retrouver le chemin des filets, le vendredi 11 octobre 2013 au Parc des Princes. À la 51è minute, il plante le sixième et dernier but de la rencontre, reprenant d’un intérieur du pied droit un centre de Ribéry. 6-0, balles neuves. L’adversaire ? L’Australie. Une sélection que l’équipe de France retrouvait sur sa route pour son entrée en lice dans la compétition. Un apéro avant Argentine/Islande, Pérou/Danemark et Croatie/Nigéria. Dans toute l’histoire, il n’y a eu que 4 confrontations entre la France et l’Australie ; en clair, les Bleus abordaient cette épreuve initiale sans avoir vraiment révisé. Comme la philo au bac, quoi…


France_Australie_16062018

FRANCE 2-1 AUSTRALIE / GRIEZMANN (P) 58’, JEDINAK (P) 62’, BEHICH (CSC) 81’

La Coupe du monde 2018, c’est 210 équipes au départ des qualifications, 32 à l’arrivée, 736 joueurs, 8 groupes, 12 stades, 11 villes, 32 jours de compétition, 64 matchs et UN SEUL programmé à midi : le nôtre. Jouer à l’heure de l'apéro, autant dire que ce n’était pas nécessairement un sang impur qui risquait d’abreuver nos sillons… Mais pourquoi est-ce qu’on joue les Aussies si tôt ?

3615 MYLIFE

Pour les plus jeunes d’entre vous qui l’ignoreraient et se trouveraient perplexes face à cette obscure référence des moins jeunes d’entre nous, sachez qu’avant Internet, nous nous enjaillions sur Minitel (Médium Interactif par Numérisation d’Information Téléphonique). Un réseau de consultations de données et de télécommunications auquel nous accédions via un terminal informatique en composant une série de 4 chiffres suivie de l’indicatif du service désiré. D’aucuns – dont votre serviteur – ont émis leurs vœux d’admission post-bac via le 3614 RAVEL (Recensement Automatisé des Vœux des Élèves), l’ancêtre de Parcoursup. En 30 ans, on est passés du Boléro au beau zéro…

La vie, c’est comme une boîte de chocolats Mon Chéri, on ne sait jamais sur quel truc dégueulasse on va tomber. L’ex-Région Auvergne en a fait l’amère expérience. À la faveur de la loi relative à la réforme territoriale de 2015, elle a fusionné avec l’ex-région Rhône-Alpes, voyant sa présidence échoir à Laurent Wauquiez – Lyonnais de naissance. Double peine. Mais pas de carton rouge, juste une parka… Un vêtement qui m’aurait été utile début août 2014, au cœur d’un Puy-de-Dôme gratifié d’à peine une dizaine de degrés. Besse-et-Sainte-Anastasie un samedi soir ; soir de Ligue 1. Nous entrons au Café de la Halle, place de la Mairie. Le téléviseur du bar brasserie est allumé sur un match de Top 14. Nous demandons poliment au patron de l’établissement si d’aventure il pourrait nous laisser suivre les pérégrinations des “manchots”. Il nous oppose un refus catégorique que nous prenons pour une plaisanterie dans un premier temps. Ce n’en était pas une, aussi nous préférons nous concentrer, en silence, sur le fond de nos verres dont l’intérêt semble étrangement proportionnel à la carrure du bistrotier…

Le 16 juin 2018, nous revoilà au même endroit. La composition du groupe a évolué pour ce week-end de villégiature auvergnate (choix de l’entraineur). Ensamediés aux couleurs des Bleus, nous tentons à nouveau notre chance auprès du tenancier qui ne devait certainement pas s’attendre à revoir nos bouilles à Besse… L’accueil est cordial, l’écran calé sur la rencontre. La bonne.

Après un premier quart d’heure à l’avantage des Français, l’Australie obtient un bon coup franc sur le côté gauche consécutif à une faute de Benjamin Pavard sur Robbie Kruse. Il est botté par Aaron Mooy, prolongé involontairement par Corentin Tolisso qui oblige Hugo Lloris à s’employer. Une action 100% lyonnaise : Tolisso pour Lloris avec amplification de la faute au départ…

Pas grand chose d’autre à se mettre sous la dent pendant les 45 premières minutes. Au sens figuré, parce qu’au sens propre, le burger au Saint-Nectaire et ses frites maison ont trouvé l’ouverture sans la moindre difficulté.

Video killed the australian star
Video killed the australian star
In my mind and in my car, we can't rewind we've gone too far
Pictures came and broke your heart
Put down the blame on VAR

À la 54è, Raphaël Varane intercepte une transmission australienne, joue sur Benjamin Pavard, qui dévie astucieusement pour N’Golo Kanté. D’un geste technique génial, le joueur de Chelsea efface son vis-à-vis pour se mettre dans le sens du jeu et servir Paul Pogba. En une touche, le Mancunien lance Griezmann dans la profondeur. Ce dernier s’écroule dans la surface de réparation. Le directeur de jeu ordonne de continuer à jouer avant de se raviser. Il s’approche de la borne de contrôle, visionne les images au ralenti, commande un Maxi Best Of Chicken McNuggets-sauce barbecue et décide d’accorder un penalty. 2 pas d’élan, une frappe sèche dans le petit filet pour le numéro 7 qui se fait justice lui-même. (1-0)

La France devient ainsi la première équipe de l’histoire de la Coupe du monde à bénéficier de l’assistance vidéo. Il y a une logique implacable à ce que la VAR profite au pays de la langue de Molière…

Sans doute techno-réfractaire, Samuel Umtiti préfère offrir un coup de pied de réparation ne nécessitant aucune assistance extérieure en volleyant du bras un coup franc de Mooy – encore lui. Jouer à midi, soit, mais jouer une demi-heure après le terme du deuxième test match du XV de France, c’en est trop pour le stoppeur du Barça. Il confond Coupe du monde et tournée d’été de l’Hémisphère sud, donnant l’occasion aux Socceroos de se rapprocher du bonus défensif. Le capitaine Mile Jedinak transforme. La barbe ! (1-1)

Si les tricolores tâtonnent, N’Golo Kanté rayonne. C’est l’un des rares à tenir son rang. Kanté dans le désert…

Estimant que la blague a assez duré, Pogba prend les choses en main, si je puis dire. Un double une-deux, d’abord avec Kylian Mbappé, puis Olivier Giroud permet à La Pioche de se retrouver face au but. Sa tentative de sombrero est contrée par Aziz Behich, qui lobe malencontreusement son gardien. (2-1)

La montre de M. Andrés Cunha, l’arbitre uruguayen, a vibré pour indiquer que le ballon avait bel et bien franchi la ligne dans son intégralité. Entre bac général et bac techno, les Bleus ont définitivement fait leur choix…


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ARGENTINE 1-1 ISLANDE / AGÜERO 19’, FINNBOGASON 23’

Guðni Thorlacius Jóhannesson a été élu président de l’Islande le 25 juin 2016. Le 3 juillet de la même année, il était debout au milieu de la tribune occupée par les supporters de la sélection nordique pour suivre le quart de finale de l’Euro. Un président en virage, ça a de quoi surprendre. En 2018, l’Argentine est allée encore plus loin : elle a placé son sélectionneur sur le terrain, lui confiant les clés du jeu et le brassard de capitaine.

Argentine/Islande, c’est le grand écart. Première apparition dans la compétition pour les insulaires face à des Argentins doubles lauréats de l’épreuve. Le défenseur Birkir Már Sævarsson, joueur professionnel qui officie dans une usine d’extraction de sel lorsque le championnat local fait relâche, a même dû s’absenter pour disputer la Coupe du monde. Fair-play, Lionel Messi a également posé des congés. Mais pour ne pas jouer le Mondial, vu le contenu de sa prestation. Un début sur la pointe des pieds, ça ne change pas grand chose au quotidien d’une personne de moins d’1m70…


Pérou_Danemark_16062018

PÉROU 0-1 DANEMARK / POULSEN 59’

Au bout des arrêts de jeu du quart de finale retour d’Europa League entre l’OM et le RasenBallsport Leipzig, Yussuf Yurary Poulsen avait failli jouer un mauvais tour aux Olympiens. Sa frappe enroulée avait été captée entre les jambes par Yohann Pelé. Un moment fort dans cette rencontre, celui où tous les supporters marseillais avaient découvert que leur gardien suppléant était capable de faire des arrêts.

Pedro Gallese a eu moins de réussite dans son face-à-face avec l’attaquant danois. Parfaitement décalé par Eriksen, Poulsen l’a battu sur sa droite. Le Pérou, c’est pas l’OM. (0-1)


Croatie_Nigéria_16062018

CROATIE 2-0 NIGÉRIA / ETEBO (CSC) 32’, MODRIĆ (P) 71’

Quand le chat n’est pas là, les souris dansent

Au Real Madrid, Luka Modrić doit se contenter de miettes en matière de coups de pied arrêtés. Toni Kroos et Cristiano Ronaldo font figure de frappeurs attitrés. Francis Cabrel merci (c’est comme Dieu mais qui existe), ces 2 joueurs ne disposent pas de passeport croate. Aussi, en sélection, c’est Luka qui est à la baguette. Résultat des courses devant le Nigéria : un corner entraînant un but contre son camp d’Etebo et un penalty converti. Sans compter toutes les caresses de l’extérieur du pied comme autant de déclarations d’amour faites au football par le locataire à perpétuité du cercle des poètes disparus.

Poésie toujours, c’est un 16 juin – en 1970 – que se sont à jamais refermés les yeux d’Elsa…

À тантôт…

Cahier de Mondial 2018 – Entrée #2 : “Pars vite et marque tard”

Nous sommes le mardi 15 juin 1943 dans le nord du IXè arrondissement de la capitale. À quelques pas du Bus Palladium, au numéro 3 d’une voix privée – la Cité Malesherbes –, se dresse la clinique Villa Marie-Louise. Il est 13 heures et derrière les murs (il y a… TIN, TIN, TIIIN), Jean-Philippe Clerc pousse son premier cri. Peut-être l’un des moins généreux en décibels de son existence, mais à cet instant précis, nul ne peut s’en douter. Le fils d’Huguette Clerc et de Léon Smet ne s’appelle pas encore Jean-Philippe Smet. Il est un peu plus de 13 heures à présent, le nouveau-né savoure son premier biberon. Il est un peu plus de 13 heures et l’idole déjeune… Je ne suis pas là pour réaliser l’exégèse de la vie et de l’œuvre de (Allumer le) feu Johnny Hallyday, d’autant plus qu’il n’y a strictement rien à gratter du côté de l’héritage. Si j’évoque le chanteur, c’est parce que parmi les centaines de titres qu’il a interprétés se trouve Requiem pour un fou. Dans le texte que l’on doit à Gilles Thibaut – auteur inspiré de Comme d’habitude, un bijou –, on peut lire au détour d’un couplet : Le diable est passé de bonne heure. Ce n’est pas toujours le cas. Parfois, le malin attend patiemment le dernier moment, tapi dans l’ombre, afin de subtiliser le moindre espoir animant encore sa victime. Ce fut le cas ce vendredi 15 juin 2018, jour qui aurait dû être celui du 75è printemps du papa de David, Laura, Jade et Joy. Le destin des 3 rencontres de la journée a, à chaque fois, basculé dans les ultimes minutes, voire les arrêts de jeu. De quoi refroidir de malheureux Égyptiens, Marocains et Espagnols. Ça ne surprendra personne que le 15 juin soit également le jour de naissance d’O’Shea Jackson, Sr., lui dont le pseudonyme n’est autre qu’Ice Cube…

Mais tout n’est pas cirrhose dans la vie, comme disait Frédéric Dard. À commencer par les pages des carnets… C’est encore un 15 juin, en 2002, que nous avions en effet appris le décès de l’arbitre marocain, M. Saïd Belqola. Il avait officié lors de la finale de la Coupe du monde 1998, au cours d’un match anecdotique qui avait vaguement imprimé la mémoire collective tricolore. Quelques mois plus tôt, il avait également dirigé la finale de la Coupe d’Afrique des Nations opposant l’Afrique du Sud à l’Égypte. Une rencontre conclue par la victoire des Pharaons 2-0, empochant la quatrième couronne continentale de leur histoire. Sur le banc de la sélection égyptienne en cet après-midi de février, le portier remplaçant porte le numéro 16. Il s’appelle Essam El-Hadary, il a 25 ans depuis un mois et demi et 12 petites sélections. 20 ans, 3 mois et 15 jours plus tard, nous voici à Iekaterinbourg. Les Pharaons s’apprêtent à faire leur entrée dans la compétition. Sur le banc de la sélection égyptienne en cet après-midi de juin, le portier remplaçant porte le numéro 1. Il s’appelle Essam El-Hadary, il a 45 ans depuis 5 mois et 159 sélections. S’il entre en jeu d’ici la fin du tournoi, il deviendra le joueur le plus âgé à disputer un match de Coupe du monde – statistique hors taxe, tout le monde sait que Roger Milla détient le record TTC.


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ÉGYPTE 0-1 URUGUAY / GIMENEZ 89’

La Iekaterinbourg Arena est un complexe particulier : pour en augmenter la capacité, à la demande de la FIFA, 2 tribunes ont été construites sur des échafaudages à l’extérieur du stade. Un peu dedans, un peu dehors, c’est la tribune de Schrödinger… Ironie du sort pour ce premier match, le stade sonne creux ! C’est dommage, on aurait bien aimé avoir les cris en plus de l’Oural…

Le 15 juin, c’est aussi la Journée mondiale de lutte contre la maltraitance des personnes âgées. En conséquence, Héctor Cúper a laissé le vétéran El-Hadary sur le banc, lui évitant de se confronter aux avants de Salto, Edinson Cavani et Luis Suárez. Pas de cadeau, en revanche, pour Mohamed Salah le jour de ses 26 ans. De retour de blessure, le héros national est remplaçant et ne disputera pas la moindre minute. Comment est votre banquette ?

Le début de match est à l’avantage des Sud-américains. Lancé idéalement à 2 reprises par Cavani, Suárez bouffe la feuille en butant sur El-Shenawy. L’attaquant du Barça a les crocs. L’Italie ayant manqué de se qualifier, il doit trouver un substitut à l’épaule de Chiellini pour planter ses canines. Le procès verbal de la rencontre semble faire l’affaire, c’est un camouflet terrible pour la gastronomie transalpine.

Sur l’action suivante, les rôles sont inversés : après un une-deux, Suárez remet de la tête à Cavani. La volée soudaine du Matador est superbement détournée main opposée par le gardien égyptien. 5 minutes plus tard, son coup franc placé est à nouveau repoussé par El-Shenawy sur son montant.

La délivrance intervient au bout du temps règlementaire. Sur un coup franc côté droit botté par Sánchez, Giménez à la lutte avec 2 adversaires parvient à trouver le petit filet d’un coup de boule. (0-1)

C’est la première fois depuis l’édition 1970 que l’Uruguay débute par une victoire. Même Essam El-Hadary n’était pas né. C’est dire…


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MAROC 0-1 IRAN / BOUHADDOUZ (CSC) 90’+5

Un coup franc côté gauche quasi-symétrique à celui obtenu par l’Uruguay. Une frappe plongeante. Une tête, plongeante elle aussi, au premier poteau. But. Le buteur est marocain, il ne manifeste pas sa joie. Et pour cause, il vient de tromper son propre gardien. Il s’appelle Aziz Bouhaddouz et vient bien involontairement de jouer un très mauvais tour à sa sélection. Au moins aussi mauvais que le calembour qui me brûle les lèvres : avec Bouhaddouz, l’Iran joue à douze. (0-1)

Réussite maximale pour la Tim Melli qui peut s’estimer heureuse. On connaissait le Shah d’Iran, on vient de découvrir sa compagne…


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PORTUGAL 3-3 ESPAGNE / RONALDO (P) 4’, 44’, 88’, COSTA 24’, 55’, NACHO 58’

Le 17 novembre 2010, le Portugal accueille l’Espagne à Lisbonne pour une rencontre amicale. Une revanche officieuse du 1/8è de finale du Mondial sud-africain remporté par les hispaniques il y a 4 mois et demi. À quelques encablures de la mi-temps, le score est toujours nul et vierge. Lancé par Carlos Martins côté gauche, Cristiano Ronaldo accélère, pénètre dans la surface, élimine Gerard Piqué d’un crochet derrière sa jambe d’appui, se joue du retour de Xabi Alonso d’une caresse de la semelle avant d’armer une louche  de l’extérieur du pied droit qui va finir sa course dans la cage d’Iker Casillas, lobé. Du moins le croit-on. Avant que la sphère ne franchisse entièrement la ligne, elle est reprise de la tête par Nani qui l’accompagne au fond des filets. Problème : l’ailier de Manchester United est signalé hors-jeu, le but est donc refusé et CR7 furieux. La maladresse d’Herr Nani a involontairement sauvé l’honneur du Castillan. 8 ans plus tard, les 2 formations de la péninsule ibérique se retrouvaient à Sotchi, avec 3 semaines de retard sur la Fête des voisins. On ignore si CR7 a conservé cette rancœur si longtemps. On peut raisonnablement être enclin à le penser, vu la performance 3 étoiles du quintuple Ballon d’or.

La seule fois de ma vie où je suis descendu dans la cour de mon immeuble pour la Fête des voisins, j’ai découvert qui étaient les voisins en question. Portugais et Espagnols n’ont pas eu besoin de ce temps d’observation. À peine quelques minutes de jeu et CR7 s’approche déjà du buffet en quête de cacahuètes grillées salées : passement de jambe, et faute de José Ignacio Fernández Iglesias, dit Nacho – son coéquipier en club – pour qui ça va déjà trop vite. Pourtant, avec un nom pareil, on miserait tout sur lui à l’apéro… Malgré son astucieuse technique de dédouanage (faire faute avec la jambe et lever simultanément les bras au ciel), l’arbitre n’est pas dupe. Penalty obtenu et transformé par Cristiano Ronaldo dos Santos Aveiro, dit Cristiano Ronaldo, qui prend tranquillement David de Gea Quintana, dit David de Gea, à contre-pied. L’ancien joueur de Manchester United et actuel joueur du Real trompe l’actuel joueur de Manchester United et ex-futur joueur du Real. (1-0)

20 minutes plus tard, Sergio Busquets i Burgos, dit Sergio Busquets, balance un ballon long comme son patronyme à destination de Diego da Silva Costa, dit Diego Costa. Ce dernier administre un crochet du coude du gauche à Képler Laveran Lima Ferreira, dit Pepe, avant d’enchaîner un contrôle orienté, une paire de crochets (du pied, cette fois-ci) pour mettre l’arrière-garde lusitanienne sur sa partie la plus charnue et un tir croisé précis. D’aucuns soulèvent de la fonte, Diego Costa la met au sol. (1-1)

20 minutes plus tard, Gonçalo Manuel Ganchinho Guedes, dit Gonçalo Guedes, à la réception d’un ballon long comme son patronyme, élimine son défenseur d’un contrôle orienté de la cuisse et décale Cristiano Ronaldo dos Santos Aveiro, dit Cristiano Ronaldo, qui frappe du gauche plein axe. Un tir qui semble inoffensif pour David de Gea Quintana, dit David de Gea. Las, le portier troque son rôle de dernier rempart pour celui de directeur sportif mancunien militant pour le retour du numéro 7 à Old Trafford. (2-1)

C’est la mi-temps. Juste après son égalisation, l’Espagne aurait pu reprendre l’avantage sur une sublime demi-volée de Francisco Román Alarcón Suárez, dit Isco, retombée sur la ligne de but. Ce n’est clairement pas la soirée d’Isco…

10 minutes après le retour des vestiaires, David Josué Jiménez Silva, dit David Silva, botte un coup franc vers le troisième poteau et trouve la tête de Sergio Busquets i Burgos, dit Sergio Busquets. Le milieu du Barça remise pour Diego da Silva Costa, dit Diego Costa qui signe un doublé de près. (2-2)

Encore une action loin des canons espagnols. Le jeu léché de la Roja va à vau l’eau, dans les abîmes du lac Tiki-taka…

Si l’histoire ne se répète pas, elle bégaie. Comme lors du premier acte, l’Espagne va disposer d’une occasion de reprendre l’avantage quelques minutes seulement après avoir égalisé. Comme lors du premier acte, elle viendra des pieds d’un joueur du Real. Comme lors du premier acte, le ballon heurtera le montant. La comparaison s’arrête là : José Ignacio Fernández Iglesias, dit Nacho, en équilibre parfait à l’entrée de la surface, expédie une merveille de demi-volée dans le soupirail de Rui Pedro dos Santos Patrício, dit Rui Patrício. (2-3)

Alors que la nation qui occupe 85% de la péninsule ibérique pense se diriger vers une courte victoire, CR7 obtient un coup franc aux abords de la demi-lune. La faute, stupide, est signée Gerard Piqué Bernabéu, dit Gerard Piqué. Il reste 2 minutes à jouer dans le temps règlementaire, Cristiano Ronaldo, concentré, prend quelques brèves respirations avant de s’élancer. La suite, vous la connaissez, a fortiori si vous êtes arachnophobe. Vous pourrez désormais arpenter la cage du stade olympique Ficht de Sotchi en toute sérénité. (3-3)

La version officielle veut que le paratonnerre ait été inventé un 15 juin – en 1752. 266 ans avant que Cristiano Ronaldo ne démontre son inutilité en foudroyant l’Espagne. Prends ça, Benjamin Franklin !

À тантôт…

Cahier de Mondial 2018 – Entrée #1 : “Danse avec les Tsars…”

Le 14 juin 1864 – un printemps où il faisait beau –, la petite ville de Marktbreit am Main (Marktbreit sur le Main, pour les non-germanophones), sise dans le district de Basse-Franconie en Bavière, a vu la naissance d’Alois Alzheimer, psychiatre, neurologiste et neuropathologiste allemand, célèbre pour avoir le premier décrit la pathologie qui porte son patronyme. Une maladie neurodégénérative qui se caractérise par la perte progressive et irréversible des fonctions mentales et notamment de la mémoire. La perte de mémoire est un symptôme qui affecte toute une frange de la population mondiale l’été des années paires, la vie sociale et l’entourage étant généralement les principales victimes de cette amnésie chronique, voire l’hygiène selon le tropisme du sujet pour le célibat et/ou la solitude. 154 ans plus tard, le 14 juin 2018, la grande ville de Moskva (Moscou pour les non-russophones), sise dans le district fédéral central a vu le coup d’envoi de la XXIè édition de la Coupe du monde de football. Le public du stade Loujniki a assisté à l’opposition déséquilibrée entre le pays hôte et l’Arabie saoudite, une affiche qui sentait bon le pétrole… et les idées, comme celle d’associer Robbie Williams et la Nolwenn Leroy du Tatarstan, Aida Garifullina, pour les festivités préalables. Une soprano prénommée Aida, c’est ce que l’on appelle un aptonyme, presque trop beau pour être vrai... En marketing, l’acronyme AIDA résume les étapes clés du processus de vente : attirer l’Attention, susciter l’Intérêt, provoquer le Désir et inciter à l’Action. Un programme qui constituerait une bien jolie feuille de route pour le mois à venir, au cours duquel je viendrai vous raconter mon Mondial. Du 14 juin au 15 juillet, pendant 32 jours, vous allez voir avec mes yeux. Je vous préviens, je suis (toujours) myope…

Opening_Ceremony_14062018

En 2014, Pitbull, Jennifer Lopez et Claudia Leite avaient interprété la chanson officiel du Mondial brésilien : We Are One (Ole Ola). C’est ce même trio qui s’était produit lors de la cérémonie d’ouverture. Pour la levée 2018, Will Smith, accompagné de Nicky Jam et Era Istrefi, leur succède avec Live It Up, un morceau produit par Diplo (+ Messi = le onze argentin). C’est donc en toute logique… Robbie Williams et Aida Garifullina qui furent chargés d’ouvrir le bal moscovite. Une douzaine de minutes où l’ancien leader de Take That a gratifié la caméra d’un doigt d’honneur et où Ronaldo – pas lui, l’autre – a effectué une feinte de frappe sur une mascotte. N’importe quoi…

Alors, oui, pendant les 30 prochains jours, il y a de fortes chances que vous croisiez plus souvent notre messagerie que notre trombine, que la réponse à toute proposition de sortie se heurte à un invariable refus MAIS, ce n’est pas pour autant que nous ne sommes pas contents d’avoir des nouvelles de personnes que l’on a perdues de vue. C’est le cas d’Iker Casillas, qu’on avait laissé en grande souffrance il y a 4 ans. Quel plaisir de le voir débouler en costard sur la pelouse du stade Loujniki, flanqué de Natalia Vodianova, mannequin russe de son état, et porteur d’un écrin d’une célèbre marque française de maroquinerie de luxe renfermant le trophée suprême. Natalia Vodianova étant l’épouse d’Antoine Arnault, fils de, les plus sagaces d’entre vous auront relié les points… Quel plaisir, en effet, de constater que l’ancien portier de la Roja est toujours capable de se saisir d’un objet sans le lâcher. L’histoire ne dit pas si San Iker a pu donner un ibère bécot à Natalie…

I've got the gift/Gonna stick it in the goal/It's time to move your body.”

En guise de hors-d’œuvre, les écrans géants du stade ont diffusé un petit clip présentant les 12 sites accueillant la compétition (Moscou x2, Saint-Pétersbourg, Sotchi, Rostov-sur-le-Don, Kazan, Samara, Nijni-Novgorod, Kaliningrad, Volgograd, Iekaterinbourg, Saransk) par le biais d’un gamin déambulant le ballon officiel au pied. Une sphère reçue de la Station Spatiale Internationale qu’il emmène jusqu’aux méandres de la Moskova, surplombée par un promontoire où un pianiste délivre quelques mesures du Concerto n°1 de Tchaïkovski. Ça en jette un poil plus que le Guide du routard, force est de le constater… Magie de l’image, on retrouve le minot en chair et en os tenant la main de Ronaldo à la sortie du couloir du stade Loujniki.

The show must go on mais before il doit start. Vêtu d’un costume imprimé léopard rouge, le natif de Stoke a entonné un Let Me Entertain You de circonstance. Puis la soliste de l’opéra de Vienne a fait son entrée – très modestement – sur un oiseau de feu aux ailes déployées. Peu impressionné, Robbie a poursuivi avec Feel tandis que les membres de la MJC de Moscou non occupés à jongler ou danser s’évertuaient à se placer de manière à former les lettres du mot LOVE. Aida l’a ensuite rejoint pour un duo sur Angels. J’avais 14 ans, j’écoutais ce morceau dans ma chambre, loin de me douter qu’un jour, And do they know/The places where we go/When we're grey and old trouverait un écho dans les tempes poivre et sel de son interprète… Mais point de temps pour le sentimentalisme, le sémillant britannique s’étant déjà dirigé vers le pied de la tribune officielle afin de conclure son set par une version quelque peu revisitée de Rock DJ, joignant le geste (l’exposition de son majeur tout autre doigt replié par ailleurs) à la parole modifiée (I did it for free). Entre-temps, Il Fenomeno avait feinté la mascotte Zabivaka, “celui qui marque”. Ils ont longtemps hésité avec “celui que peut-être c’est un loup mais en fait on sait pas vraiment, c’est toujours délicat d’être catégorique avec les mascottes et en plus, il se couche plus vite que Landreau sur les feintes de frappe” qui était sans doute un peu long.

La longueur, ce n’est pas ce que l’on peut reprocher aux 2 discours introductifs qui ont précédé le protocole d’avant-match. À tout saigneur, tout honneur, Vladimir Vladimirovitch Poutine a le premier pris la parole, décrivant la Fédération de Russie comme un “pays ouvert, hospitalier, chaleureux” (sic). Gianni Infantino lui a emboîté le pas, en 3 langues : russe, anglais, arabe. J’ai eu l’impression de lire un bouquin de chez Taschen… Gianni Infantino, c’est le nouveau président de la FIFA, connu autant pour sa calvitie que pour sa présence à tous les tirages au sort de l’histoire de l’humanité depuis celui entre Romulus et Rémus pour savoir qui dormirait dans la couchette du haut du lit superposé. Sauf qu’avec le Mondial en Russie, pour une fois, c’est une partie de la communauté internationale et pas Gianni qui a les boules…

4 minutes et 2 hymnes plus tard, nous voici au moment que le monde entier attend depuis si longtemps : la page de publicité de TF1.

Russie_Arabie-Saoudite_14062018

RUSSIE 5-0 ARABIE SAOUDITE /
GAZINSKY 12’, CHERYSHEV 43’, DZYUBA 71’, CHERYSHEV 90+1’, GOLOVIN 90+4’

La dernière fois que l’Arabie saoudite a croisé la route du pays organisateur en Coupe du monde, tout le monde ou presque s’en souvient. Au Stade de France, les Saoudiens s’étaient inclinés sur la marque de 4-0. Autant dire qu’il devait y avoir un soupçon d’appréhension de la part des Verts au moment de défier la Sbornaya.

Le 12 avril 1961, Youri Gagarine devient le premier homme à effectuer un vol dans l’espace. Parti de Baïkonour, il effectue une orbite en 108 minutes (record battu par Eddie Murphy à qui il a suffi de 102 minutes pour un Norbit en 2007). Si l’histoire ne se répète pas, il lui arrive de bégayer. Ainsi, c’est un Iury qui fut le premier homme à inscrire un but dans ce Mondial. Corner mal renvoyé de Zhirkov (encore un Yury), une-deux entre Golovin et le joueur du Zenit, centre parfait du premier vers le second poteau, à destination de Gazinsky qui croise parfaitement sa tête. Le milieu de terrain du FK Krasnodar ne s’élève pas aussi haut que son illustre homonyme dans le ciel moscovite, mais cela lui suffit pour avoir la tête dans les étoiles et faire chavirer le stade Loujniki. (1-0)

Sur un contre russe, Dzagoev interrompt brutalement sa course et porte immédiatement la main à sa cuisse. Il doit sortir, remplacé par Cheryshev. Alan n’a pas de pot…

Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Moins de 20 minutes après son entrée en jeu, Cheryshev efface habilement 2 défenseurs saoudiens, trompés par la malice de Denis, avant de conclure d’un tir puissant du gauche. (2-0)

À la 70è, le sélectionneur russe, Stanislav Cherchesov procède à son 3è et dernier remplacement. Dzyuba supplée Smolov.

Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Moins de 2 minutes après son entrée en jeu, la montagne russe Dzyuba (1,96m, 90kg) met la tête à l’endroit pour propulser un nouveau centre de Golovin hors de portée d’Almuaiouf. (3-0)

Sortir du banc pour planter un pion 90 secondes plus tard quand on s’appelle Artem, ça ne manque pas d’R…

Aux prémices du temps additionnel, Cheryshev vient corser l’addition d’un sublime extérieur du pied gauche, s’adjugeant par la même occasion le titre d’homme du match ainsi que le trophée Andrés Mendoza. Bravo, c’est mérité. (4-0)

Le dernier frisson, de plaisir ou d’horreur, selon qu’on est originaire d’un pays producteur de pétrole ou… enfin selon l’équipe nationale que l’on supporte, quoi, viendra du pied droit de Golovin. Après avoir offert 2 balles de but à ses coéquipiers, il transforme un coup franc qu’il a lui-même obtenu d’une jolie frappe du droit, prouvant qu’il est aussi fort que sa cousine éloignée Tatiana pour envoyer les balles dans les filets. (5-0)

Le directeur de jeu laisse à peine le temps aux Saoudiens d’engager et interrompt le récital de la Sbornaya. Auteure d’une prestation collective aboutie, elle n’a laissé aucune chance à son adversaire du jour. Elle a du cœur, cette armée rouge…

L’image de cette première journée, c’est celle de Vladimir Poutine, assis près du prince héritier du royaume d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salman, le président russe, magnanime, écarte les bras vers son homologue comme pour s’excuser après chaque but inscrit par la Russie. Dans Danse avec les Tsars, on est toujours généreux quand les gens marquent…

À тантôт…

Carnet d’Euro – Entrée #3 : “Arkadiusz ex machina…”

D’aucuns se souviennent qu’avant de devenir consultant-tant flingueur sur la chaîne cryptée, Christophe Dugarry fut un joueur de football dont la carrière connut des fortunes diverses. Façon polie de dire qu’en 17 saisons, l’ancien attaquant n’a jamais terminé un exercice domestique avec un nombre de pions à 2 chiffres. Sa maladresse chronique lui valut le surnom inspiré de “Dugachis”, les railleries du public, le mépris de la presse et l’incompréhension générale lors de l’annonce de sa sélection parmi les 22 Bleus retenus par Aimé Jacquet. Si vous n’avez jamais vu Dugarry sur un terrain, imaginez Christine & the Queens sans la musique, sans le chuchotement de sa liste de courses, mais avec les crises de spasmes en moins violent (comme si C&TQ avait le bide blindé à cause d’une overdose de quinoa). Un échalas dégingandé… Longtemps, le grand public et les journalistes ont fait des gorges chaudes de ses approximations techniques, oubliant que le garçon disposait lui aussi d’une aptitude pour le moins singulière : débloquer les matchs d’ouverture des grandes compétitions internationales. Ce fut le cas à l’Euro 96, ce le fut également lors du France-Afrique du Sud de Marseille, entrée en lice de l’équipe de France dans son Mondial, le 12 juin 1998. À la 35è, Liza combine avec Zizou  côté gauche. Le centre du numéro 10 est contré : corner. Le joueur de la Juventus s’en charge et trouve la tête de son pote Duga, qui profite de la clémence de la défense des Bafana Bafana pour ouvrir la marque. Poteau rentrant. Tout à sa joie, le numéro 21 exécute une chorégraphie ridicule en tirant la langue dans un geste revanchard adressé à la tribune de presse. Et puisque l’on évoque les histoires de langue, c’est aussi un 12 juin – 1972 – que le documentaire d’anatomie créative Gorge profonde fit sa sortie sur les écrans. 44 ans plus tard, on avait donc hâte de retrouver 6 nouvelles équipes : la Turquie la Croatie, l’Irlande du Nord, l’Ukraine, le champion du monde en titre allemand et… la Pologne. Car en Pologne, on aime le jeu léché. Surtout à Poznań…

 

Turquie_Croatie_12062016

TURQUIE 0-1 CROATIE / MODRIĆ 41’

My name is Luka
I live on the second floor
I live upstairs from you
Yes I think you've seen me before

L’incipit de la chanson de Suzanne Vega (aucun lien avec Vincent, elle est fille unique. En vrai, j’en sais rien, c’était juste pour la vanne…) pourrait faire office de note d’intention adressé au monde du football, tant Luka Modrić évolue un étage au-dessus du tout-venant. Son toucher de balle est un régal, ses passes de l’extérieur, un délice. Celui qui a été transféré au Real pour la modrique somme de 40 M€ en comptant les bonus est une formidable raison d’être heureux !

Auteur d’une grosse saison avec le club merengue, couronnée par la onzième C1 de l’histoire madrilène, on l’attendait sans doute un peu fatigué (il a un petit corps, Luka). Ça ne l’a pas empêché de livrer un superbe match, récompensé par l’ouverture du score peu avant la mi-temps. Luka est aussi bon cuit que cru, qui l’eût cru ? L’effet maillot Lustucru. Le centre d’Ivan Rakitić est renvoyé avec difficulté par l’arrière-garde turque plein axe. Modrić arme sa reprise qui finit sous les gants de Volkan, qui manque d’explosivité. (0-1)

Les Croates ont bien tenté d’enfoncer le clou mais Srna sur coup-franc, puis Perišić de la tête, admirablement servi par Mandžukić, ont touché du bois. Par 2 fois, la barre transversale est venue mettre en échec les joueurs de la formation au damier.

Croatie > Nuit Debout.

 

Pologne_Irlande_du_Nord_12062016

POLOGNE 1-0 IRLANDE DU NORD / MILIK 51’

Sur le papier, c’était l’une des affiches les plus déséquilibrées de ce premier tour de compétition entre le leprechaun (c’est comme le Petit Poucet, mais en gaélique) nord-irlandais et les coéquipiers de Robert Lewandowski. D’autant que l’avant-centre du Bayern a démontré cette saison qu’il lui fallait moins de temps pour inscrire un quintuplé qu’à un quidam pour écrire le nom de n’importe lequel de ses compatriotes sans se tromper. Ça ne semble pas effrayer outre mesure le peuple vert, fort de son hymne “Will Grigg’s on fire” entonné dans les rues niçoises et déjà meilleure chanson de l’Euro. Puis bon, tant que les noms propres ne sont pas autorisés au Scrabble, ça fait surtout peur aux commentateurs, la Pologne…

Si comme moi vous vous demandiez qui mange les réglisses dans les paquets Haribo, sachez que ce sont les supporters polonais, qui scandent “Polska, Polska, Polska” depuis les tribunes.

À la mi-temps, le score est toujours nul et vierge, et vu les statistiques, on se demande encore comment : 10 tirs à 0, 7 corners à 0, 63% contre 37 de possession de balle et 238 passes réussies à 106. Il avait des origines nord-irlandaises aussi, Jean-Paul II ?

C’est finalement Milik qui va débloquer la situation peu de temps après le retour des vestiaires : bien servi par Jakub “passe décisive compte triple” Błaszczykowski (j’ai fait un copier-coller, oui) à l’entrée de la surface, le buteur de l’Ajax réalise un enchaînement contrôle-frappe du pied gauche avec beaucoup de maîtrise. McGovern ne peut qu’effleurer le ballon. (1-0)

Quelque chose comme un mois avant que Lewandowski ne martyrise la défense de Leverkusen en lui passant les 5 pions susmentionnés en 9 minutes, on parlait avec insistance d’un intérêt pour Milik de la part de l’OM. Intérêt qui ne déboucha sur rien de concret, si ce n’est une n-ième rumeur de transfert. Got Milik? Bah non…

 

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ALLEMAGNE 2-0 UKRAINE / MUSTAFI 19’, SCHWEINSTEIGER 90+2’

Devant le peu d’intérêt que présentent les gestes disgracieux de Yoarim Leuve (Joachim Löw dans la langue de Jean-Charles Sabattier), je dirais simplement que je m’en lave les mains. Et qu’il devrait en faire autant. Oublié le pull bleu cobalt, oubliée la chemise blanche cintrée à la Hervé Fuchs ; le Löw 2016, c’est t-shirt gris avec auréoles et mains dans le slip. Deutsche qualität.

Vous savez comment on dit centre en anglais ? Cross. En phonétique – et dans la langue de Jean-Charles Sabattier –, ça donne Kroos. Pas étonnant donc que le milieu du Real trouve la tête de Shkodran Mustafi, qui elle-même envoie le ballon dans la lunette ukrainienne. L’axe Madrid-Valence. (1-0)

On pressent le début d’un récital allemand, d’un festival de Kahn. Las, c’est un festival de Neuer, qui détourne d’une claquette la puissante tête de Khacheridi quelques minutes avant la demi-heure. L’Ukraine joue crânement sa chance. Tête, crânement, vous l’avez ?

10 minutes plus tard, Jérôme Boateng réalise l’action du match en détournant vers son but un centre ukrainien puis en réalisant in extremis un sauvetage acrobatique stupéfiant pour éviter le CSC. C’est une allégorie de l’équipe d’Allemagne qui ne semble avoir d’adversaire qu’elle-même. On constatera avec bonheur que la greffe de rein du défenseur bavarois a bien pris après sa participation à Danse avec la star du Camp Nou.

Dans les arrêts de jeu de la partie, Schweinsteiger doublera la mise sur une offrande d’Özil. L’axe Londres-Manchester. (2-0)

Le football est un jeu simple blablabla et à la fin blablabla…

Pour en revenir à Dugarry, on aurait pu penser qu’avec sa carte de visite, il se serait mué en un consultant clément avec les joueurs, faisant preuve de mansuétude et de réserve. Raté, c’est tout l’inverse. Pour bien comprendre la situation, imaginons une analogie : c’est un peu, je sais pas, moi, un peu comme si le fondateur de Reporters sans frontières devenait un gros facho, quoi. N’importe quoi…

À tantôt…

Carnet d’Euro – Entrée #2 : “Comme des frères…”

Le 11 juin 1959, dans le comté d’Oxfordshire, Patricia et Ran Laurie ont accueilli leur quatrième et dernier enfant : un petit garçon prénommé James Hugh Calum, qui connaîtra la célébrité quelques années plus tard sous son deuxième prénom. Le 11 juin 1978, de l’autre côté de l’Atlantique, en Colombie-Britannique, Fiona et John Carter Jackson ont, quant à eux, accueilli le premier de leurs 2 enfants : un petit garçon prénommé Joshua Browning, qui connaîtra la célébrité quelques années plus tard sous son premier prénom… Entre 2004 à 2012, Hugh Laurie a incarné le docteur Gregory House, avatar moderne et médical de Sherlock Holmes, à 177 reprises. De 2008 à 2013, Joshua Jackson, lui, a prêté ses traits au personnage de Peter Bishop, fils de brillant scientifique, vulgarisateur et arnaqueur à la petite semaine, à 100 reprises. Le point commun entre ces deux personnages ? Outre la date de naissance de leur interprète, ils font preuve d’une sagacité très au-dessus de la moyenne qui leur permet, respectivement, d’établir des diagnostics médicaux complexes et d’élucider des phénomènes paranormaux.
Une sagacité qui ne serait pas superflue afin de tenter de percer le mystère de l’attribution des prénoms dans les fratries de footeux. C’est vrai, quoi, comment
peut-on passer d’André à Jordan, de Kevin-Prince à Jérôme ? Au Kosovo, on a sans doute autre chose à faire que de mater de la télé-réalité, alors la famille Xhaka a fait dans le traditionnel : Taulant pour l’aîné, Granit pour son cadet. Et si t’es pas content, c’est pareil. C’est gravé dans le marbre. Surtout pour Granit…

Granit_Taulant_Xhaka

Taulant est né le 28 mars 1991 à Pristina. Depuis septembre 2014, il évolue au sein de l’équipe nationale d’Albanie. Granit a vu le jour le 27 septembre 1992 à Bâle et depuis juin 2011, il joue avec la sélection… suisse. Comme on ne vit pas à Panem et qu’on n’est pas dans Hunger Games, on sait pertinemment que le sort est globalement toujours défavorable, a fortiori pour désigner les futurs adversaires des compétitions de football – sauf quand on a le portefeuille de Nasser, mais c’est une autre histoire… Aussi, personne n’a dû tiquer chez les Xhaka lorsque les mains innocentes d’Ángelos Charistéas puis de David Trezeguet ont placé l’Albanie et la Suisse dans le même groupe, celui des Bleus. La suite : une belle croix tracée sur le calendrier familial à la date du 11 juin 2016 15h. Le rendez-vous est fixé à Lens, dans une région où l’on adore les histoires de famille. Et puisqu’il faut caser 51 matchs en 31 jours, Pays de Galles/Slovaquie et Angleterre/Russie complétaient le programme…

 

ALBANIE 0-1 SUISSE / SCHÄR 5’

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Nul besoin d’être expert ès vexillologie pour savoir que l’emblème qui figure sur le drapeau albanais est un aigle à deux têtes. Pas besoin non plus d’être zoologue confirmé pour savoir que la vision des rapaces est l’une des plus performantes du monde animal. Un aigle est capable de repérer un petit objet à plusieurs centaines de mètres d’altitude. Alors quand la Suisse obtient un corner au bout de 5 minutes, on se dit que capter une sphère de quelques centimètres de circonférence sera un jeu d’enfant pour le portier de la sélection albanaise. Boire ou sortir, il faut choisir. Berisha fait les deux, pour le plus grand bonheur de Fabian Schär qui le devance de la tête. (0-1)

Réglés comme des horloges, les Suisses inscrivent l’unique but de la rencontre prématurément. Vladimir Petković, le sélectionneur de la Nati se frotte les mains d’avoir pris Schär.

Autre fait marquant : l’expulsion du capitaine albanais, Lorik Cana, pour 2 cartons jaunes reçus en 13 minutes. Une exclusion qui le privera du prochain match face à l’équipe de France, au Stade-Vélodrome de Marseille, qui se faisait déjà une joie d’accueillir son ancien protégé. Cana manquera la noce et c’est le premier crève-cœur de ce mois…

Le joli mot de la fin est à mettre à l’actif de Taulant Xhaka : “Notre père dit qu’il est heureux d’avoir deux mains, comme ça il peut croiser les doigts pour ses deux fils.”

 

PAYS DE GALLES 2-1 SLOVAQUIE / BALE 10’, DUDA 61’, ROBSON-KANU 81’

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Il est plutôt difficile de louper Marek Hamšík : le meneur de jeu de l’équipe slovaque arbore une impressionnante crête, sorte de casque romain capillaire et du talent à profusion. Il en fait d’ailleurs étalage dès la 4’ en effaçant tranquillement 3 adversaires avant de voir son tir sauvé par Ben Davies devant sa ligne. Pour lui, le football est aussi simple qu’il est compliqué pour nous d’écrire son patronyme depuis un clavier français.

Vous vous souvenez de l’histoire du ballon rond qui bégaie ? En octobre 2006, le minot Gareth avait inscrit son premier but international d’un maître coup-franc… face à la Slovaquie. Un peu moins de 10 ans plus tard, il a récidivé d’un ballon dont la trajectoire a plongé si vite qu’il a rejoint le sol plus rapidement que le Mathieu Valbuena de la grande époque. Quelle frappe de Bale ! (1-0)

Juste après l’heure de jeu, Duda égalise d’un tir précis du gauche. Deux buts en 1h, les habitués du Matmut-Atlantique sont frappés d’hyperventilation. (1-1)

Avec une précision d’orfèvre – 1 but à 10 minutes du début de la première période, 1 but à 10 minutes du terme de la seconde –, le Pays de Galles va reprendre un avantage définitif grâce à Robson-Kanu. Un nom pareil, ça met un poil la pression (non, pas la bière), dont le joueur se montre digne (non, pas Lucas) en concluant d’une frappe écrasée le boulot d’Aaron Ramsey, auteur d’une feinte de corps en déséquilibre qui a envoyé Martin Škrtel au sol plus rapidement que le Mathieu Valbuena de la grande époque. (2-1)

 

ANGLETERRE 1-1 RUSSIE / DIER 73’, V. BEREZUTSKI 90+2’

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Longtemps (19 minutes, mais à Marseille en 2016, c’est une éternité), l’Angleterre a cru tenir la victoire suite à un coup-franc zlatanesque d’Eric Dier. Par “zlatanesque”, comprendre “frappe de bourrin côté ouvert en espérant que le ballon rentre pour pouvoir fanfaronner devant la presse une semaine supplémentaire” (compte double si la défense et le gardien ont le niveau Promotion d’honneur.) (1-0)

C’était sans compter sur le coup de casque de Vassili Berezutski au bout du temps additionnel, qui vient lober Joe Hart, sorti par amour du risque. Vassili qui a la particularité de compter son frère jumeau Alexeï parmi les 23 Russes, histoire de boucler la boucle de cette journée à thème. (1-1)

Sur la vingtaine de matchs disputés au Stade-Vélodrome cette saison, c’est le 35è qui s’achève sur un match nul 1-1. Nul comme les abrutis qui avaient improvisé un before sur le Vieux-Port un peu plus tôt…

À tantôt…

Carnet d’Euro – Entrée #1 : “Dragostea din tei, motherfucker!”

Voilà, c’est parti ! Après 4 (trop) longues années d’attente, David Guetta et Zara Larsson, flanqués de la MJC de Saint-Denis mobilisée pour l’occasion, ont donné, le 10 juin 2016, le coup d’envoi officiel de la XVè édition du Championnat d’Europe des Nations. De football, oui. Un indigent spectacle de fin d’année, un match sous haute tension, un début de rencontre catastrophique sont venus gâcher la fête et quelque peu doucher l’enthousiasme des passionnés. Perso, ça m’a surtout donné l’idée de cette chronique dans laquelle je viendrai vous raconter mon Euro à moi. Pendant 31 jours, vous allez voir avec mes yeux, quoi. Je vous préviens, je suis myope…
Ça vous rappelle quelque chose ? C’est en effet par ces mots – toutes variations locales égales par ailleurs – que j’avais introduit mon carnet de mondial il y a 2 ans. Ce n’est pas tant un manque d’inspiration que la volonté de souligner ce bégaiement qui frappe parfois l’Histoire en général et celle du ballon rond en particulier. Il y a 20 ans jour pour jour, le 10 juin 1996, l’équipe de France démarrait son Euro anglais face… à la Roumanie, à Saint James’ Park. À la 24è minute, Youri Djorkaeff intercepte un mauvais dégagement roumain, résiste à un adversaire, lève la tête et adresse un long centre repris de l’arrière du crâne par Christophe Dugarry. Bogdan Stelea, qui a visiblement confondu Newcastle et Liverpool pour les Strawberry Fields, est battu. Un centre du maître à jouer (Zizou n’est pas encore juventino) repris par un attaquant décrié dont le jeu de tête est considéré comme le principal atout : ça vous rappelle quelque chose ? La comparaison s’arrête là : en juin 96, Zara Larsson n’était pas née ! Même pas en projet dans l’esprit de ses parents. Il faut croire que malgré le prénom de sa fille, sa mère n’était pas encore prête à porter… N’Golo Kanté, en revanche, avait 5 ans et son père devait déjà lutter pour lui piquer le ballon. Son boulot monstrueux a permis aux Bleus de garder le cap jusqu’à l’éclair de génie venu tout droit de la Réunion. Et pourtant, les réunions, c’est le truc qui gonfle par excellence. Surtout le vendredi…

France_Roumanie_10062016

Pour en finir avec les vannes géographiques, notons que le 10 juin est férié en Guyane, il commémore la proclamation de l’abolition de l’esclavage (1848). Vous imaginez si cela avait également été le cas pour le département suivant dans l’ordre de numérotation ? Au rayon célébration de trucs joyeux, c’est aussi la date du massacre d’Oradour-sur-Glane (1944). 642 âmes. Bon, à la base, c’était pas vraiment le but de faire pleurer dans les chaumières, sinon, on aurait d’entrée parlé du match de Matuidi…

“ – À ton avis, combien tu penses qu’il y aura demain pour France-Roumanie ? Un score ?
–  J’ai pas compris !
–  HA HA HA ! Mais évidemment qu’ils vont gagner, les Bleus, on est tous derrière !
 

Grâce aux propositions populistes humanistes de Michel Platini, ancien numéro vice de l’équipe de France, l’Euro se disputera à 24 nations pour la première fois de son histoire. Cela signifie qu’il faudra claquer l’équivalent d’un SMIC pour compléter l’album Panini officiel de la compétition. Déjà. Et qui dit 24 nations, dit 51 matchs, dont seulement 22 retransmis par TF1. C’est sans doute pour cela que la chaîne a mis le paquet en programmant la veille du match d’ouverture 2 concerts événementiels : UEFA Euro 2016 : Le Grand Show d’ouverture suivi du Grand Show de David Guetta en direct du Champ-de-Mars. Paie ton temps de cerveau disponible ! Dans l’esprit, c’est pas con, de faire venir un platiniste pour donner le coup d’envoi d’un tournoi de foot. D’autant plus que c’est probablement le seul à disposer d’une telle aura internationale aujourd’hui. Y’avait bien les Daft Punk, mais il aurait fallu casquer… David Guetta pour essuyer les platines (c’est comme essuyer les plâtres, mais avec les mains en l’air pour montrer que tu t’éclates), et Alessandra Sublet qui patine. La sublime Alessandra en a encore pris plein sa jolie tronche après un nouveau festival de maladresses. Coup dur pour l’animatrice, qui a quitté France 2 et Un soir à la tour Eiffel pour TF1, en quête de nouvelles aventures… le soir… à la Tour Eiffel.

Le Grand Show (d’ouverture) a jeté un grand froid parmi les (télé)spectateurs, la faute à will.i.am – présenté en vedette américaine comme si les programmateurs étaient bloqués en 2009 –, qui a chanté tellement faux qu’il y a fort à parier que même la clé USB de David Guetta a eu envie de se débrancher de son port sans s’être éjectée au préalable. Slimane, Amir, Kendji et Louane étaient de la partie. Ah bon, ils n’ont pas de nom de famille ? Christophe Maé, Florent Pagny, Soprano, Madcon, Julian Perretta et Zara Larsson complétaient le casting d’une soirée qui ressembla fort à une partie de Scrabble avec uniquement des W.

J’ai eu la flemme de guetter Guetta, alors je suis allé me coucher, histoire de ne pas faire de mauvais rêve pendant mon dernier dodo avant l’Euro.

“We're in this together. Hear our hearts beat together. We stand strong together. We're in this forever. This one's for you. This one's for you.”

Non, ces mots ne sont pas issus d’un manuel scientologue. Pas non plus d’une chanson de Coldplay : il s’agit des paroles du refrain de This one’s for you, l’hymne officiel de cet Euro 2016, composé par David Guetta. En vrai, ils se sont mis à 5 (!) pour pondre ce titre et ce n’est même pas une vanne. Puisqu’on en est au confidences, c’est plus this one’s for youuuuuuuuuu, ritournelle bien connue des jolies blondes ces derniers temps…

Je vous aurais volontiers épargné l’exégèse de la cérémonie d’ouverture, si je n’étais pas si dépensier. Sachez que la pelouse avait été recouverte d’un sticker censé représenter les parterres d’un jardin à la française. En son centre trônait un carrousel hexagonal. On a vu défiler des filles vêtues de barbes à papa (la confiserie, pas des hipsters) roses… bonbon, des clones de Surya Bonaly, des collerettes géantes, des danseuses en tutu, des collerettes géantes, des lèvres rouges démesurées, des collerettes géantes, des figurants en ensemble veste-pantacourt bleu roi assorti d’un pull à rayures horizontales qui tenaient des piquets surmontés de chevaux de manège, des collerettes géantes, des danseuses de French cancan aux couleurs de l’arc-en-ciel, des bonhommes CETELEM remarquablement stoïques qui n’étaient pas des bonhommes CETELEM, mais des arbustes, en fait. Comme quoi, il ne suffit pas de ressembler à CETELEM pour faire du CETELEM. Tout ce petit peuple valsant gaiement au son de quelques notes d’accordéon en ouverture, puis de 2 relectures electro house au dégoût du jour du Galop infernal d’Offenbach et de La Vie en rose, de Marion Cotillard, avant que ne retentissent les premières mesures de I Gotta Feeling, lorsque les rideaux du carrousel sont tombés pour laisser apparaître David Guetta, l’invité surprise. C’est le moment qu’ont choisi les sociétaires de l’École de Zumba du Ballet de l’Opéra national de Saint-Denis pour se déhancher sur les collages numériques sonores du futur quinqua dans des robes bouffantes à franges vraisemblablement confectionnées dans des pompons de cheerleader… Des robes à franges bleues : Pocahontas meets Avatar. Pocahontas meets Pocahontas, en gros… Y’en a même une qui est tombée, c’était rigolo. Quand soudain, pour Zara, l’heure sonne : dans une tenue de patineuse artistique rafistolée par du chatterton argenté, introduite par le prompteur de David Guetta, la chanteuse suédoise a entonné le morceau susmentionné dans un playback endiablé qui n’a pas manqué de ne pas mettre le feu au stade ! Cerise sur le Guetta, l’apparition d’une structure représentant la Tour Eiffel, que l’on a longtemps cru être un tout autre symbole et dont l’ascension progressive n’a rien fait pour dissiper la première impression. Les tribunes ne furent pas en reste, arborant un tifo composé du drapeau des 24 sélections engagées. Le temps d’un passage de la patrouille de France au dessus de l’enceinte, laissant une traînée bleu blanc rouge dans le ciel dionysien, et le speaker a intimé aux 80 000 chanceux d’accueillir les 2 équipes. Parce que oui, il y avait un match à jouer…

FRANCE 2-1 ROUMANIE / GIROUD 57’, STANCU (P) 65’, PAYET 89’

Notre amie Zara l’a démontré au préalable : lorsque tu es chanteuse, tu peux t’autoriser un playback, remuer les lèvres avec conviction et le tour est plus ou moins joué. OKLM. Quand tu es footballeur, en revanche, c’est plus compliqué de démarrer une rencontre en pilotage automatique. Même quand le personnel aérien fait grève…

4’ : Sur un corner roumain dévié au premier poteau, Stancu se retrouve seul au second et reprend du droit à bout portant. Une action qui fait déjà vibrer le stade, nos cœurs fragiles, mais pas la montre de l’arbitre, car Lloris réalise un arrêt réflexe miraculeux. Il est tellement tôt dans le match que l’opercule fraîcheur des Pringles est encore en place, contrairement à la défense des Bleus…

C’est le souci quand tu as passé 2 années à disputer des tournois de sixte en squattant la buvette… Il faut ajouter à cela un enjeu qui semble tétaniser les tricolores, alors que l’équipe roumaine est bien présente, ses membres faisant déjà l’essuie-glace…

Laisser l’adversaire mettre notre portier en confiance, OK. Perdre des ballons pour que Kanté les récupère, OK. Mais c’est quand même un peu risqué comme stratégie. Y’a bien un moment où le petit N’Golo va commencer à transpirer…

14’ : D’une jolie passe en profondeur entre le défenseur central et le latéral roumain, Pogba trouve Sagna sur le côté droit. Ce dernier adresse un centre précis que Griezmann loupe en voulant le reprendre acrobatiquement. Le ballon est mal dégagé par Chiriches et revient sur le madrilène, qui reprend de la tête sur le poteau. La botte secrète de Deschamps est redoutable : connaissant les antécédents du bonhomme dans l’exercice, lorsque les équipes adverses constatent que c’est Sagna qui s’apprête à centrer, elles ne prennent même pas la peine de marquer l’attaquant qui pourrait être à la réception. Malin.

36’ : On prend (presque) les mêmes et on recommence ! Payet, servi côté droit par une touche de Sagna, centre fort sur Griezmann, dont la reprise contrée par la défense échoue tout près du poteau.

Les 2 équipes reprennent le chemin des vestiaires sur un score de karité. C’est comme un sport de parité, mais ça fait plus de clics sur les blogueuses mode.

48’ : Stanciu pour Stancu (!), amorti poitrine + volée acrobatique. Comme Sarah Connor, c’est à côté…

52’ : Premier tir cadré français signé Giroud. Pardon, je ne voulais pas vous réveiller.

56’ : Hammer time! Payet prend les choses en main et s’amuse de l’arrière-garde des Carpates. Au terme d’une percée et d’une belle feinte qui envoie son vis-à-vis au sol, il trouve Pogba à l’entrée de la surface, dont la volée est sortie difficilement du pied par Tărtăr… Tătăr… par le gardien roumain.

57’ : Matuidi trouve Payet sur la droite (peut-être sa seule bonne action du match). Le Réunionnais emmène son défenseur avant de revenir sur son pied gauche pour enrouler un centre qui trouve l’arrière du crâne de Giroud. Ciprian Tătărușanu est bien plus conciliant que son état-civil et il adore les fraises. (1-0)

LA LUMIÈRE EST VENUE D’OLIVIER GIR… Comment ça, ce n’est que le match d’ouverture ? Ok, je me calme. Mais je pensais que ça se jouait à la Toussaint, l’ouverture…

64’ : Patrice Evra est un génie. Il crochète Stanciu de la jambe gauche en pleine surface et lève les bras aux cieux simultanément pour clamer son innocence. Qui plus est, il commet une faute sur un joueur qui avait perdu le ballon ; enfin qui allait trouver Kanté sur sa route, c’est pareil. Une action qui vient couronner un match impeccable de la part du joueur de la Juventus qu’aucun adversaire n’avait réussi à ne pas passer. Patrice, les aventuriers de la tribu jaune ont décidé à l’unanimité de vous éliminer et leur sentence est irrévocable.

65’ : En plus d’être irrévocable, elle est transformée par Stancu. Marquer sur péno, c’est pas joli-joli. C’est donc un but de Stancu laid… (1-1)

Le 7 décembre 2014, l’Olympique de Marseille reçoit le FC Metz pour le compte de la 17è journée de Ligue 1. On joue les arrêts de jeu et le score est de 2-1 pour les locaux du Loco. N’importe quel coach estampillé Ligue 1 aurait garé le bus devant la cage de sa formation, attendant patiemment que les minutes s’égrènent. Pas Marcelo Bielsa. Et ça fonctionne : Rod Fanni, alors défenseur central, intercepte une mauvaise passe de Métanire à la limite du rond central dans le camp messin. Il s’avance et décale idéalement Dimitri Payet sur sa droite. Ce dernier s’emmène le ballon, avant de le piquer au-dessus du gardien dans un geste plein de maîtrise et de lucidité. Dimitri Payet ne serait pas le même joueur si sa route n’avait pas croisé celle du technicien argentin. Bielsa lui a apporté la rigueur et la consistance sur l’ensemble d’un match. Et d’une saison. Pas étonnant que le coup de patte décisif soit venu de lui. Quand en plus on sait que dans ce fameux match face à Metz, il avait également distillé un centre décisif pour la tête de Dédé Gignac…

89’ : Vous connaissez l’histoire du mec qui s’absente pour aller aux lieux d’aisance pendant les matchs et, à chaque fois qu’il y va, un but est marqué ? J’ai suivi le match avec – entre autres – le dénommé Mickaël, réputé pour posséder ce superpouvoir. À 1-1, désespérant de voir la partie se finir sur ce score, nous l’avons invité à se rendre aux toilettes, plus pour déconner qu’autre chose. La suite, vous la connaissez… Sagna feinte le centre et trouve Coman, qui s’appuie sur Kanté après un demi-tour sur lui-même. Le champion d’Angleterre glisse à Payet : contrôle orienté et missile du gauche. La frappe du meneur de jeu vient transpercer les filets et la couche d’O-Zone : Dimitri, c’est plus fort que l’avion de Barbie ! (2-1)

90+2’ : Une passe décisive, un but et comme si cela ne suffisait pas, déjà une image forte de cet Euro : appelé par le banc pour être remplacé, Dimitri Payet fond en larmes. L’histoire ne dit pas si ces larmes furent causées par la charge émotionnelle de cette fin de rencontre, ou par l’entrée en jeu de Moussa Sissoko.

90+3’ : Cours, Moussa ! Cours ! Chevauchée fantastique, Sarah Connor, tout ça, tout ça…

“C’est simple, le football, quand on frappe dans les lucarnes.” La conclusion est implacable et elle est signée Didier Deschamps en conférence de presse d’après-match.

Pour équilibrer le niveau, voici ce que l’on peut lire sur les murs du mémorial d’Oradour : “De toutes les semences confiées à la terre, le sang versé par les martyrs est celle qui donne la plus prompte moisson.” Il fallait bien une citation de Balzac pour honorer la mémoire de ces innocents...

À tantôt…

Cahiers de cinéma - Entrée #16…

Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? (2013) de Philippe de Chauveron
Mauvaise foi
Any customer can have a car painted any colour that he wants so long as it is black.” Le couple Verneuil pourrait faire sienne la citation d’Henry Ford, dans une version révisée et adressée à ses 4 filles : épousez qui vous voulez, du moment qu’il soit blanc, français “de souche” et catholique. Les 3 aînées sont allées à l’encontre, laissant à la benjamine la charge de rassurer des parents légèrement racistes. Ce qu’elle ne fera évidemment pas, s’étant entichée de Charles, catholique mais noir africain. Dans ces conditions, les présentations, l’annonce et la préparation du futur mariage promettent d’être tendues… C’est le pitch de cette comédie qui a achevé sa carrière au-delà des 12 millions d’entrées. Facture télévisuelle, empilement de vannes en guise de scénar et casting d’humoristes : ça n’a pas grand chose à faire au cinéma. Mais bon, c’est souvent drôle et on échappe à la morale bon enfant au profit d’une mécanique inédite qui voit les a priori racistes rassembler les protagonistes. C’était inattendu et clairement à mettre au crédit du film. Un mot sur Christian Clavier, qui poursuit sa “sarkozysation”, bien qu’il en fasse de moins en moins (paradoxe). À l’heure du tout tactile, les Clavier sont de moins en moins pertinents…

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The Amazing Spider-Man 2
(The Amazing Spider-Man : Le Destin d’un Héros) (2014) de Marc Webb
Harry, un ami qui vous veut du mal
La suite du reboot a opéré une réduction d’échelle dans ses enjeux, devenus moins planétaires et plus locaux. De la même façon, le personnage principal semble plus proche du comic, de l’esprit des premiers films de Sam Raimi, en grande partie grâce à son interprète, Andrew Garfield, la vraie bonne idée de cette nouvelle saga. On ne peut pas dire qu’on avait un besoin pressant de revoir l’homme-araignée, mais une chose est sure : c’est le cadet des soucis du cupide studio au nom qui commence par un M. Il y a de bonnes choses dans ce volet : l’amitié entre Peter et Harry Osborn (Dane DeHaan, à nouveau très convaincant) est assez joliment traitée, le personnage de Jamie Foxx est une menace vraisemblable dans l’univers de référence… En revanche, on n’échappe ni à une histoire totalement abracadabrantesque sur le géniteur de Spidey, ni à des scènes de “vol” à la con, et en vue subjective, qui ne semblent avoir d’autre intérêt que de promouvoir les produits vidéoludiques dérivés. À ce propos, la séquence des grues se détache haut la main par sa stupidité confondante. Avec Marvel, on est toujours proche du mercantile, comme en témoigne l’introduction finale de Rhino, joué par un Paul Giamatti en roue libre, qui annonce (déjà) le prochain épisode et confirme, à ceux qui en doutaient, que le studio usera cette franchise jusqu’à la corde. Ah oui, EMMA STONE, JE T’AIME ! Mais genre vraiment… Fin du message personnel, vous pouvez reprendre une lecture normale.

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Godzilla
(2014) de Gareth Edwards
Godzi pas là
Il y a 16 ans, Roland Emmerich lâchait un immense lézard irradié dans Manhattan, Jean Reno et 130 M$ par les fenêtres. Que reste-t-il de ce nanar aujourd’hui ? Le morceau emblématique de sa bande originale, “Come with me”, interprété par Puff Daddy featuring Jimmy Page, qui fait office de jingle de célébration à chaque but de l’OM inscrit au Stade Vélodrome. On s’en serait tous (à l’exception notable de ceux qui préfèrent les pétrodollars, le caviar et les cupcakes) tenus à ça, mais il a fallu que Gareth Edwards réveille la bête pour livrer une relecture d’une histoire dont tout le monde (ou presque) se contrefout. Plutôt habile niveau troll, le réalisateur s’est entouré d’acteurs solides en la personne de Bryan Cranston et Juliette Binoche, uniquement pour confier la lourde responsabilité du rôle principal à Aaron Taylor-Johnson, comédien qui serait capable d’obtenir une note négative sur une échelle de charisme qui irait de 0 à Keanu Reeves. Nice move, Gareth! Que dire d’autre ? Que les lunettes 3D, c’est pas super compatible avec la sieste et qu’on aurait préféré que le metteur en scène fasse comme son copain de prénom madrilène, qu’il prenne les millions et aille claquer des buts dans la contrée de son choix (pas le Japon, pour des raisons évidentes). Sur la musique de Come with me, tiens…

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X-Men: Days of Future Past
(2014) de Bryan Singer
Temps X
Oui, oui, c’est bien le X-Men avec Omar Sy dedans (Omar Yf). Non, il n’y sert à rien. Est-ce que c’est bien ? Bah, c’est un vrai film de Bryan Singer : absolument rien de transcendant, si ce n’est le morceau de bravoure qui met en scène Quicksilver, sorte d’écho aux arabesques de Diablo à la Maison Blanche dans l’intro d’X2. Reste le petit plaisir de la vengeance avec ce final en beau majeur levé adressé à Brett Ratner. Vivement la suite, les Y-Men, avec des blogueuses mode et des community managers

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Edge of Tomorrow
(2014) de Doug Liman
4G
Il y a un peu plus de 20 ans, Harold Ramis popularisait le concept de boucle temporelle en condamnant son héros à revivre sans cesse la même journée, celle de la marmotte. On est aux antipodes de Groundhog Day : Tom Cruise a quelques cachets de Lexomil de retard sur Bill Murray, et, surtout, la comédie à portée philosophico-existentialiste se mue ici en gargantuesque blockbuster estival. Mais pas aussi écervelé qu’il n’y parait, ce qui a permis au film d’être LA bonne surprise de la saison. C’est fun, plutôt malin dans le propos et, devinez quoi ? Tom Cruise est ENCORE parfait ! J’ai coutume de le répéter ici, mais lorsque les films dans lesquels il évolue sont mauvais, ça n’est jamais de sa faute. Va falloir que je prenne mon badge de la Tom Cruise Appreciation Society… Pour les féministes du dimanche, le personnage d’Emily Blunt est une sorte de guerrière indestructible, servant de symbole à la rébellion, crainte davantage par les individus d’origine masculine combattant à ses côtés que par les inamicaux aliens. Il y a de fortes chances que ce rôle soit pour elle synonyme de sésame Marvel, ce qui me désole au plus haut point. Mais bon, j’imagine que la voir se relever 17 fois de sa série de pompes sous la caméra de Doug Liman est une bien jolie consolation. Here’s looking at you, kid

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Transformers: Age of Extinction
(Transformers : L’Âge de l’Extinction) (2014) de Michael Bay
Optimus déprime
Savez-vous pourquoi l’on parle toujours de Jésus de Nazareth, bien qu’il soit né à Bethléem ? Parce qu’à l’époque, il écumait les rades de Galilée et passait le plus clair de son temps à raconter des blagues, passablement aviné. Elles étaient si mauvaises que ses collègues de boisson lui rétorquaient souvent “Jésus, t’es naze, arrête !” Voilà, voilà. Pourquoi est-ce que je vous offre cet intense moment de poilade ? Il est trop tard pour choquer votre tante au dîner du réveillon de Noël et attendre jusqu’à l’année prochaine s’avère bien trop long. Non, parce que j’aurais aimé que quelqu’un prévienne Michael Bay avant qu’il commette ce quatrième épisode. Go home, you’re drunk! ou quelque chose de ce goût-là. Il faut bien reconnaitre que le réalisateur est un putain d’alchimiste : le film dure 2h45 et en parait 8. L’intrigue est d’une pauvreté affligeante, on nage dans la redite (au bout de 30 heures de films, ça devait finir par arriver), et, comme bien souvent, dans la plus infâme bêtise. Avant, ça passait, grâce à l’inventivité visuelle et au savoir-faire du monsieur. Là, on a atteint et allègrement dépassé le seuil de tolérance du constructeur. Extinction des feux.

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Boyhood
(2014) de Richard Linklater
12 years a boy
Filmer les mêmes comédiens sur une période de 12 ans, c’est la gageure à l’origine de Boyhood. Comme les Transformers, ça dure 2h45 et comme 12 Years a Slave, il est question d’un peu plus d’une décennie. Pourtant, le film n’est nullement comparable et mérite bien plus de louanges. On ne va pas se mentir, la force réside ici dans le concept : se servir des mêmes acteurs, assister à leur évolution physique au cours des ans est infiniment plus intéressant que de les vieillir numériquement ou d’en choisir d’autres pour les incarner à différents âges. L’exécution est remarquable, notamment par l’utilisation maline de marqueurs temporels : chansons, objets (technologiques), etc. qui permettent de se repérer et de nous renvoyer à notre propre histoire. Car c’est selon moi la plus grande force de cette fresque : en regardant ces personnages grandir, on tourne les pages de notre album personnel, on en superpose mentalement les vignettes sur celles qui défilent à l’écran. Les morceaux de vie qui peuvent paraitre neutres sont un canevas pour le spectateur et l’ensemble, un formidable véhicule d’émotion(s), à peine terni par le côté tête à claques de Mason adolescent et la philosophie de comptoir des dernières séquences… Beau !

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Begin Again
(New York Melody) (2013) de John Carney
“So let’s get drunk on our tears…”
Begin Again aka New York Melody s’inscrit dans 2 catégories :
1 – les films dont le titre français est en anglais avec un sens, soit inexistant, soit complètement en décalage par rapport à l’original (Phone Game, Sexe Intentions…)
2 – les films que tu as déjà “vus” 1000 fois, dont tu connais l’issue dès la bande-annonce, et que tu apprécies quand même.
En effet, ce n’est clairement pas l’originalité qui prime ici, plutôt le charme du duo d’interprètes principaux, Keira Knightley (dans une irrésistible composition de femme-enfant paumée) et Mark Ruffalo (toujours incroyablement humain et touchant), les chansons (si vous avez l’occasion, écoutez la version acoustique de “Lost Stars” par Adam Levine) ainsi que l’énergie bienveillante d’un feel-good movie qui fait du bien…

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The Raid 2
(2014) de Gareth Evans
Raid is not dead
Le premier épisode était aussi étriqué et répétitif que son successeur est ambitieux. Là où il se limitait à un traitement vidéoludique de la progression de son héros (les étages de l’immeuble comme autant de niveaux, le trafiquant de drogue reclus faisant office de boss final), le réalisateur livre cette fois-ci un opéra ample et généreux de 2h30 qui convoque pêle-mêle Sergio Leone, Francis Ford Coppola, John Woo, Tsui Hark, Jean-Pierre Melville et tout plein d’autres noms très chics qui vous feront bien voir auprès de ceux qui tiennent les murs du cinoche. C’est le même principe qu’un bon buffet chinois à volonté, il y a de tout, et en grande quantité : organismes broyés, justice expéditive, mélancolie, vengeance, tragédie shakespearienne, etc. ; le tout servi par une mise en scène au lyrisme sauvage. Éreintant, mais TELLEMENT généreux et enthousiasmant, à l’image du formidable duel final dans les cuisines du restaurant…

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Di Renjie: Shen du long wang
(Detective Dee 2 : La Légende du Dragon des Mers) (2013) de Tsui Hark
Wrong Detective
On dirait la candidature spontanée et fauchée de Tsui Hark pour réaliser le sixième Pirates des Caraïbes. C’est super laid, la bouillie numérique étant rehaussée par une 3D gadget qui file la nausée. C’est dans le thème du film, qui se déroule en grande partie en mer, vous me direz... Tout s’est fait la malle ! L’élégance et la poésie des premières aventures (Detective Dee : Le Mystère de la Flamme Fantôme), la qualité de l’intrigue, la beauté des combats, et le spectateur désabusé.
/!\ ALERTE ENLÈVEMENT : Tsui Hark, 64 ans, type asiatique, réalisateur de Time and Tide, Il était une Fois en Chine, Il était une Fois en Chine II : La Secte du Lotus blanc, etc. a disparu depuis plusieurs années. L’homme serait désormais capable de filmer des histoires invraisemblables sans aucune considération esthétique. L’individu porterait des lunettes de soleil et serait armé d’un objet contondant (peut-être une caméra 3D). N’agissez pas seul.

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Les Combattants
(2014) de Thomas Cailley
“Tu manges pas ton Flanby ?”
Les récits sur le passage à l’âge adulte ne sont pas l’apanage du monde anglo-saxon, mais force est de reconnaitre que ce sont eux qui les réussissent souvent le mieux. Ils ont même une expression pour cela : coming of age. Grâce au premier long de Thomas Cailley, on sait désormais que le cinéma français récent est également capable d’en proposer de très bons. Récit de passage à l’âge adulte, romance adolescente, comédie pure, film apocalyptique, Les Combattants est tour à tour tout cela, sans lourdeur, comme la version Playskool de l’armée expérimentée par ses héros. Bien que le résultat contienne ce qui fut un des grands moments de drôlerie de 2014 (la scène de l’instructeur dépité qui essaie tant bien que mal d’apprendre aux stagiaires à évaluer les distances), ce qui s’y passe n’est pas nécessairement le plus intéressant. L’alchimie inattendue entre la douceur de Kévin Azaïs et la force de la bombe à retardement Adèle Haenel fait des étincelles, en même temps qu’elle vient inverser le rapport de force éculé. Il faut la voir mener par le bout du nez son partenaire, shooter dans un drapeau tricolore de rage et l’instant d’après ouvrir de grands et beaux yeux pour lesquels on serait prêt à pardonner beaucoup. Bien que la dynamique repose principalement sur leur relation à tous les 2, c’est elle qui est la vraie révélation. C’est un des jolis visages de cette année, qu’on devrait revoir très vite tant ce film, d’une légèreté et d’une fraîcheur salutaires, pourrait bien faire date dans l’histoire d’Adèle H…

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Next Goal Wins
(Une Équipe de Rêve) (2014) de Mike Brett & Steve Jamison
“I wanna win a game, I would die as a happy person.”
Les impératifs économiques et le cynisme ont depuis longtemps balayé la simple passion dans le football. Pourtant, il arrive que de jolies histoires parviennent jusqu’à nos oreilles. Ou nos yeux, en l’occurrence. C’est le cas de l’incroyable épopée de l’équipe nationale des Samoa Américaines racontée dans ce très bon doc. Tenante du titre peu honorifique de pire équipe de football du monde, elle avait concédé – face à l’Australie – une défaite historique sur le score de 31-0 en 2001. Ça pique un peu. La dernière place au classement FIFA aussi. Au plus bas (aucune victoire en match officiel dans toute l’histoire de la sélection, aucun but inscrit depuis 4 ans), les Samoa ont fait appel à un entraîneur néerlandais à l’aube de la campagne qualificative pour la Coupe du monde au Brésil. C’est le point de départ du récit.
Le reproche majeur que l’on peut adresser à ce film est la surdramatisation, notamment par l’utilisation abusive de la musique. Cette histoire était suffisamment saisissante pour l’éviter. Si l’on met cela de côté, c’est un vibrant plaidoyer pour le beautiful game, l’occasion de voir des types jouer pour tout un tas de valeurs qui sembleraient presque désuètes : la fierté, l’amour de sa terre natale, l’esprit d’équipe, le plaisir… On se prend à supporter le petit, l’outsider, d’autant que leur destin personnel est touchant, du gardien de but ayant encaissé les 31 pions, revenu exorciser ses démons à Johnny “Jaiyah” Saelua, représentant fa’afafine (3è genre reconnu dans la culture samoane). C’est une histoire qui fait figure d’anachronisme, exceptionnelle dans tous les sens du terme, exaltante et profondément humaine.

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Neighbors
(Nos pires Voisins) (2014) de Nicholas Stoller
Unfriendly neighborhood
Nicholas Stoller avait commencé fort sa carrière de réalisateur, enchainant Forgetting Sarah Marshall et Get Him to the Greek, deux classiques déjantés de la comédie ultra-régressive que je ne saurais trop vous conseiller. Approchant la quarantaine, le bonhomme s’est visiblement calmé dans les thèmes abordés : le mariage d’abord, puis le sort de jeunes parents avec ce nouvel opus au pitch simplissime : la guerre entre un jeune couple de parents et la fraternité étudiante emménageant dans la maison voisine. La formule est connue : gags efficaces précèdent morale convenue, et elle fonctionne assez bien ici, grâce à l’investissement des comédiens, la palme revenant à Zac Efron, solide dans l’auto-dérision. C’est agréable et drôle, mais finalement loin d’être irrévérencieux, à l’exception de quelques passages (très) isolés. C’est dommage…

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Obvious Child
(2014) de Gillian Robespierre
“ – Do you wanna watch a movie?
– Always!”
Dans le genre idée casse-gueule, une comédie romantique sur fond d’avortement, ça se pose là. A fortiori avec une comédienne de stand up tricarde depuis qu’elle a dit “fucking” à la TV US (allez imaginer si elle avait fait une pub naze pour une banque…) et une réalisatrice répondant au doux patronyme de Robespierre. Le pari est joliment relevé, bien que l’on devine le court métrage étiré. Les scènes de stand up intercalées rappellent Seinfeld tandis que le produit fini, mi-hipster, mi-indé se révèle somme toute plutôt charmant.

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Magic in the Moonlight
(2014) de Woody Allen
Au clair de la lune…
50 films en 50 ans, c’est peu ou prou ce qu’affiche le CV de Woody Allen, stakhanoviste de la péloche (caractéristique qu’il partage avec Steven Soderbergh). Il y a forcément du déchet, si bien que l’on entend souvent parler de Allen mineur à propos de ses dernières productions. C’est vrai, mais en toute subjectivité, et à quelques exceptions près, même quand c’est moins bien, c’est souvent bien. Magic in the Moonlight est un Allen mineur, à nouveau paré de la photographie si reconnaissable de Darius Khondji (utilisée depuis Midnight in Paris). Mineur, mais diablement séduisant ; et je ne dis pas ça (uniquement) parce qu’Emma Stone figure au casting. Elle y est évidemment irrésistible, volant le cœur de Colin Firth en même temps que le nôtre (le mien, en tout cas). Ce dernier est d’ailleurs parfait en héros allenien quelque peu éloigné des canons du genre. Ainsi va cette magie au clair de lune au scénario et aux dialogues moins travaillés qu’à l’accoutumée, mais dont la résonance personnelle et le charme a fini par m’emporter. Encore. Et toujours…

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