Carnet d’Euro – Entrée #2 : “Comme des frères…”

Le 11 juin 1959, dans le comté d’Oxfordshire, Patricia et Ran Laurie ont accueilli leur quatrième et dernier enfant : un petit garçon prénommé James Hugh Calum, qui connaîtra la célébrité quelques années plus tard sous son deuxième prénom. Le 11 juin 1978, de l’autre côté de l’Atlantique, en Colombie-Britannique, Fiona et John Carter Jackson ont, quant à eux, accueilli le premier de leurs 2 enfants : un petit garçon prénommé Joshua Browning, qui connaîtra la célébrité quelques années plus tard sous son premier prénom… Entre 2004 à 2012, Hugh Laurie a incarné le docteur Gregory House, avatar moderne et médical de Sherlock Holmes, à 177 reprises. De 2008 à 2013, Joshua Jackson, lui, a prêté ses traits au personnage de Peter Bishop, fils de brillant scientifique, vulgarisateur et arnaqueur à la petite semaine, à 100 reprises. Le point commun entre ces deux personnages ? Outre la date de naissance de leur interprète, ils font preuve d’une sagacité très au-dessus de la moyenne qui leur permet, respectivement, d’établir des diagnostics médicaux complexes et d’élucider des phénomènes paranormaux.
Une sagacité qui ne serait pas superflue afin de tenter de percer le mystère de l’attribution des prénoms dans les fratries de footeux. C’est vrai, quoi, comment
peut-on passer d’André à Jordan, de Kevin-Prince à Jérôme ? Au Kosovo, on a sans doute autre chose à faire que de mater de la télé-réalité, alors la famille Xhaka a fait dans le traditionnel : Taulant pour l’aîné, Granit pour son cadet. Et si t’es pas content, c’est pareil. C’est gravé dans le marbre. Surtout pour Granit…

Granit_Taulant_Xhaka

Taulant est né le 28 mars 1991 à Pristina. Depuis septembre 2014, il évolue au sein de l’équipe nationale d’Albanie. Granit a vu le jour le 27 septembre 1992 à Bâle et depuis juin 2011, il joue avec la sélection… suisse. Comme on ne vit pas à Panem et qu’on n’est pas dans Hunger Games, on sait pertinemment que le sort est globalement toujours défavorable, a fortiori pour désigner les futurs adversaires des compétitions de football – sauf quand on a le portefeuille de Nasser, mais c’est une autre histoire… Aussi, personne n’a dû tiquer chez les Xhaka lorsque les mains innocentes d’Ángelos Charistéas puis de David Trezeguet ont placé l’Albanie et la Suisse dans le même groupe, celui des Bleus. La suite : une belle croix tracée sur le calendrier familial à la date du 11 juin 2016 15h. Le rendez-vous est fixé à Lens, dans une région où l’on adore les histoires de famille. Et puisqu’il faut caser 51 matchs en 31 jours, Pays de Galles/Slovaquie et Angleterre/Russie complétaient le programme…

 

ALBANIE 0-1 SUISSE / SCHÄR 5’

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Nul besoin d’être expert ès vexillologie pour savoir que l’emblème qui figure sur le drapeau albanais est un aigle à deux têtes. Pas besoin non plus d’être zoologue confirmé pour savoir que la vision des rapaces est l’une des plus performantes du monde animal. Un aigle est capable de repérer un petit objet à plusieurs centaines de mètres d’altitude. Alors quand la Suisse obtient un corner au bout de 5 minutes, on se dit que capter une sphère de quelques centimètres de circonférence sera un jeu d’enfant pour le portier de la sélection albanaise. Boire ou sortir, il faut choisir. Berisha fait les deux, pour le plus grand bonheur de Fabian Schär qui le devance de la tête. (0-1)

Réglés comme des horloges, les Suisses inscrivent l’unique but de la rencontre prématurément. Vladimir Petković, le sélectionneur de la Nati se frotte les mains d’avoir pris Schär.

Autre fait marquant : l’expulsion du capitaine albanais, Lorik Cana, pour 2 cartons jaunes reçus en 13 minutes. Une exclusion qui le privera du prochain match face à l’équipe de France, au Stade-Vélodrome de Marseille, qui se faisait déjà une joie d’accueillir son ancien protégé. Cana manquera la noce et c’est le premier crève-cœur de ce mois…

Le joli mot de la fin est à mettre à l’actif de Taulant Xhaka : “Notre père dit qu’il est heureux d’avoir deux mains, comme ça il peut croiser les doigts pour ses deux fils.”

 

PAYS DE GALLES 2-1 SLOVAQUIE / BALE 10’, DUDA 61’, ROBSON-KANU 81’

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Il est plutôt difficile de louper Marek Hamšík : le meneur de jeu de l’équipe slovaque arbore une impressionnante crête, sorte de casque romain capillaire et du talent à profusion. Il en fait d’ailleurs étalage dès la 4’ en effaçant tranquillement 3 adversaires avant de voir son tir sauvé par Ben Davies devant sa ligne. Pour lui, le football est aussi simple qu’il est compliqué pour nous d’écrire son patronyme depuis un clavier français.

Vous vous souvenez de l’histoire du ballon rond qui bégaie ? En octobre 2006, le minot Gareth avait inscrit son premier but international d’un maître coup-franc… face à la Slovaquie. Un peu moins de 10 ans plus tard, il a récidivé d’un ballon dont la trajectoire a plongé si vite qu’il a rejoint le sol plus rapidement que le Mathieu Valbuena de la grande époque. Quelle frappe de Bale ! (1-0)

Juste après l’heure de jeu, Duda égalise d’un tir précis du gauche. Deux buts en 1h, les habitués du Matmut-Atlantique sont frappés d’hyperventilation. (1-1)

Avec une précision d’orfèvre – 1 but à 10 minutes du début de la première période, 1 but à 10 minutes du terme de la seconde –, le Pays de Galles va reprendre un avantage définitif grâce à Robson-Kanu. Un nom pareil, ça met un poil la pression (non, pas la bière), dont le joueur se montre digne (non, pas Lucas) en concluant d’une frappe écrasée le boulot d’Aaron Ramsey, auteur d’une feinte de corps en déséquilibre qui a envoyé Martin Škrtel au sol plus rapidement que le Mathieu Valbuena de la grande époque. (2-1)

 

ANGLETERRE 1-1 RUSSIE / DIER 73’, V. BEREZUTSKI 90+2’

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Longtemps (19 minutes, mais à Marseille en 2016, c’est une éternité), l’Angleterre a cru tenir la victoire suite à un coup-franc zlatanesque d’Eric Dier. Par “zlatanesque”, comprendre “frappe de bourrin côté ouvert en espérant que le ballon rentre pour pouvoir fanfaronner devant la presse une semaine supplémentaire” (compte double si la défense et le gardien ont le niveau Promotion d’honneur.) (1-0)

C’était sans compter sur le coup de casque de Vassili Berezutski au bout du temps additionnel, qui vient lober Joe Hart, sorti par amour du risque. Vassili qui a la particularité de compter son frère jumeau Alexeï parmi les 23 Russes, histoire de boucler la boucle de cette journée à thème. (1-1)

Sur la vingtaine de matchs disputés au Stade-Vélodrome cette saison, c’est le 35è qui s’achève sur un match nul 1-1. Nul comme les abrutis qui avaient improvisé un before sur le Vieux-Port un peu plus tôt…

À tantôt…

Carnet d’Euro – Entrée #1 : “Dragostea din tei, motherfucker!”

Voilà, c’est parti ! Après 4 (trop) longues années d’attente, David Guetta et Zara Larsson, flanqués de la MJC de Saint-Denis mobilisée pour l’occasion, ont donné, le 10 juin 2016, le coup d’envoi officiel de la XVè édition du Championnat d’Europe des Nations. De football, oui. Un indigent spectacle de fin d’année, un match sous haute tension, un début de rencontre catastrophique sont venus gâcher la fête et quelque peu doucher l’enthousiasme des passionnés. Perso, ça m’a surtout donné l’idée de cette chronique dans laquelle je viendrai vous raconter mon Euro à moi. Pendant 31 jours, vous allez voir avec mes yeux, quoi. Je vous préviens, je suis myope…
Ça vous rappelle quelque chose ? C’est en effet par ces mots – toutes variations locales égales par ailleurs – que j’avais introduit mon carnet de mondial il y a 2 ans. Ce n’est pas tant un manque d’inspiration que la volonté de souligner ce bégaiement qui frappe parfois l’Histoire en général et celle du ballon rond en particulier. Il y a 20 ans jour pour jour, le 10 juin 1996, l’équipe de France démarrait son Euro anglais face… à la Roumanie, à Saint James’ Park. À la 24è minute, Youri Djorkaeff intercepte un mauvais dégagement roumain, résiste à un adversaire, lève la tête et adresse un long centre repris de l’arrière du crâne par Christophe Dugarry. Bogdan Stelea, qui a visiblement confondu Newcastle et Liverpool pour les Strawberry Fields, est battu. Un centre du maître à jouer (Zizou n’est pas encore juventino) repris par un attaquant décrié dont le jeu de tête est considéré comme le principal atout : ça vous rappelle quelque chose ? La comparaison s’arrête là : en juin 96, Zara Larsson n’était pas née ! Même pas en projet dans l’esprit de ses parents. Il faut croire que malgré le prénom de sa fille, sa mère n’était pas encore prête à porter… N’Golo Kanté, en revanche, avait 5 ans et son père devait déjà lutter pour lui piquer le ballon. Son boulot monstrueux a permis aux Bleus de garder le cap jusqu’à l’éclair de génie venu tout droit de la Réunion. Et pourtant, les réunions, c’est le truc qui gonfle par excellence. Surtout le vendredi…

France_Roumanie_10062016

Pour en finir avec les vannes géographiques, notons que le 10 juin est férié en Guyane, il commémore la proclamation de l’abolition de l’esclavage (1848). Vous imaginez si cela avait également été le cas pour le département suivant dans l’ordre de numérotation ? Au rayon célébration de trucs joyeux, c’est aussi la date du massacre d’Oradour-sur-Glane (1944). 642 âmes. Bon, à la base, c’était pas vraiment le but de faire pleurer dans les chaumières, sinon, on aurait d’entrée parlé du match de Matuidi…

“ – À ton avis, combien tu penses qu’il y aura demain pour France-Roumanie ? Un score ?
–  J’ai pas compris !
–  HA HA HA ! Mais évidemment qu’ils vont gagner, les Bleus, on est tous derrière !
 

Grâce aux propositions populistes humanistes de Michel Platini, ancien numéro vice de l’équipe de France, l’Euro se disputera à 24 nations pour la première fois de son histoire. Cela signifie qu’il faudra claquer l’équivalent d’un SMIC pour compléter l’album Panini officiel de la compétition. Déjà. Et qui dit 24 nations, dit 51 matchs, dont seulement 22 retransmis par TF1. C’est sans doute pour cela que la chaîne a mis le paquet en programmant la veille du match d’ouverture 2 concerts événementiels : UEFA Euro 2016 : Le Grand Show d’ouverture suivi du Grand Show de David Guetta en direct du Champ-de-Mars. Paie ton temps de cerveau disponible ! Dans l’esprit, c’est pas con, de faire venir un platiniste pour donner le coup d’envoi d’un tournoi de foot. D’autant plus que c’est probablement le seul à disposer d’une telle aura internationale aujourd’hui. Y’avait bien les Daft Punk, mais il aurait fallu casquer… David Guetta pour essuyer les platines (c’est comme essuyer les plâtres, mais avec les mains en l’air pour montrer que tu t’éclates), et Alessandra Sublet qui patine. La sublime Alessandra en a encore pris plein sa jolie tronche après un nouveau festival de maladresses. Coup dur pour l’animatrice, qui a quitté France 2 et Un soir à la tour Eiffel pour TF1, en quête de nouvelles aventures… le soir… à la Tour Eiffel.

Le Grand Show (d’ouverture) a jeté un grand froid parmi les (télé)spectateurs, la faute à will.i.am – présenté en vedette américaine comme si les programmateurs étaient bloqués en 2009 –, qui a chanté tellement faux qu’il y a fort à parier que même la clé USB de David Guetta a eu envie de se débrancher de son port sans s’être éjectée au préalable. Slimane, Amir, Kendji et Louane étaient de la partie. Ah bon, ils n’ont pas de nom de famille ? Christophe Maé, Florent Pagny, Soprano, Madcon, Julian Perretta et Zara Larsson complétaient le casting d’une soirée qui ressembla fort à une partie de Scrabble avec uniquement des W.

J’ai eu la flemme de guetter Guetta, alors je suis allé me coucher, histoire de ne pas faire de mauvais rêve pendant mon dernier dodo avant l’Euro.

“We're in this together. Hear our hearts beat together. We stand strong together. We're in this forever. This one's for you. This one's for you.”

Non, ces mots ne sont pas issus d’un manuel scientologue. Pas non plus d’une chanson de Coldplay : il s’agit des paroles du refrain de This one’s for you, l’hymne officiel de cet Euro 2016, composé par David Guetta. En vrai, ils se sont mis à 5 (!) pour pondre ce titre et ce n’est même pas une vanne. Puisqu’on en est au confidences, c’est plus this one’s for youuuuuuuuuu, ritournelle bien connue des jolies blondes ces derniers temps…

Je vous aurais volontiers épargné l’exégèse de la cérémonie d’ouverture, si je n’étais pas si dépensier. Sachez que la pelouse avait été recouverte d’un sticker censé représenter les parterres d’un jardin à la française. En son centre trônait un carrousel hexagonal. On a vu défiler des filles vêtues de barbes à papa (la confiserie, pas des hipsters) roses… bonbon, des clones de Surya Bonaly, des collerettes géantes, des danseuses en tutu, des collerettes géantes, des lèvres rouges démesurées, des collerettes géantes, des figurants en ensemble veste-pantacourt bleu roi assorti d’un pull à rayures horizontales qui tenaient des piquets surmontés de chevaux de manège, des collerettes géantes, des danseuses de French cancan aux couleurs de l’arc-en-ciel, des bonhommes CETELEM remarquablement stoïques qui n’étaient pas des bonhommes CETELEM, mais des arbustes, en fait. Comme quoi, il ne suffit pas de ressembler à CETELEM pour faire du CETELEM. Tout ce petit peuple valsant gaiement au son de quelques notes d’accordéon en ouverture, puis de 2 relectures electro house au dégoût du jour du Galop infernal d’Offenbach et de La Vie en rose, de Marion Cotillard, avant que ne retentissent les premières mesures de I Gotta Feeling, lorsque les rideaux du carrousel sont tombés pour laisser apparaître David Guetta, l’invité surprise. C’est le moment qu’ont choisi les sociétaires de l’École de Zumba du Ballet de l’Opéra national de Saint-Denis pour se déhancher sur les collages numériques sonores du futur quinqua dans des robes bouffantes à franges vraisemblablement confectionnées dans des pompons de cheerleader… Des robes à franges bleues : Pocahontas meets Avatar. Pocahontas meets Pocahontas, en gros… Y’en a même une qui est tombée, c’était rigolo. Quand soudain, pour Zara, l’heure sonne : dans une tenue de patineuse artistique rafistolée par du chatterton argenté, introduite par le prompteur de David Guetta, la chanteuse suédoise a entonné le morceau susmentionné dans un playback endiablé qui n’a pas manqué de ne pas mettre le feu au stade ! Cerise sur le Guetta, l’apparition d’une structure représentant la Tour Eiffel, que l’on a longtemps cru être un tout autre symbole et dont l’ascension progressive n’a rien fait pour dissiper la première impression. Les tribunes ne furent pas en reste, arborant un tifo composé du drapeau des 24 sélections engagées. Le temps d’un passage de la patrouille de France au dessus de l’enceinte, laissant une traînée bleu blanc rouge dans le ciel dionysien, et le speaker a intimé aux 80 000 chanceux d’accueillir les 2 équipes. Parce que oui, il y avait un match à jouer…

FRANCE 2-1 ROUMANIE / GIROUD 57’, STANCU (P) 65’, PAYET 89’

Notre amie Zara l’a démontré au préalable : lorsque tu es chanteuse, tu peux t’autoriser un playback, remuer les lèvres avec conviction et le tour est plus ou moins joué. OKLM. Quand tu es footballeur, en revanche, c’est plus compliqué de démarrer une rencontre en pilotage automatique. Même quand le personnel aérien fait grève…

4’ : Sur un corner roumain dévié au premier poteau, Stancu se retrouve seul au second et reprend du droit à bout portant. Une action qui fait déjà vibrer le stade, nos cœurs fragiles, mais pas la montre de l’arbitre, car Lloris réalise un arrêt réflexe miraculeux. Il est tellement tôt dans le match que l’opercule fraîcheur des Pringles est encore en place, contrairement à la défense des Bleus…

C’est le souci quand tu as passé 2 années à disputer des tournois de sixte en squattant la buvette… Il faut ajouter à cela un enjeu qui semble tétaniser les tricolores, alors que l’équipe roumaine est bien présente, ses membres faisant déjà l’essuie-glace…

Laisser l’adversaire mettre notre portier en confiance, OK. Perdre des ballons pour que Kanté les récupère, OK. Mais c’est quand même un peu risqué comme stratégie. Y’a bien un moment où le petit N’Golo va commencer à transpirer…

14’ : D’une jolie passe en profondeur entre le défenseur central et le latéral roumain, Pogba trouve Sagna sur le côté droit. Ce dernier adresse un centre précis que Griezmann loupe en voulant le reprendre acrobatiquement. Le ballon est mal dégagé par Chiriches et revient sur le madrilène, qui reprend de la tête sur le poteau. La botte secrète de Deschamps est redoutable : connaissant les antécédents du bonhomme dans l’exercice, lorsque les équipes adverses constatent que c’est Sagna qui s’apprête à centrer, elles ne prennent même pas la peine de marquer l’attaquant qui pourrait être à la réception. Malin.

36’ : On prend (presque) les mêmes et on recommence ! Payet, servi côté droit par une touche de Sagna, centre fort sur Griezmann, dont la reprise contrée par la défense échoue tout près du poteau.

Les 2 équipes reprennent le chemin des vestiaires sur un score de karité. C’est comme un sport de parité, mais ça fait plus de clics sur les blogueuses mode.

48’ : Stanciu pour Stancu (!), amorti poitrine + volée acrobatique. Comme Sarah Connor, c’est à côté…

52’ : Premier tir cadré français signé Giroud. Pardon, je ne voulais pas vous réveiller.

56’ : Hammer time! Payet prend les choses en main et s’amuse de l’arrière-garde des Carpates. Au terme d’une percée et d’une belle feinte qui envoie son vis-à-vis au sol, il trouve Pogba à l’entrée de la surface, dont la volée est sortie difficilement du pied par Tărtăr… Tătăr… par le gardien roumain.

57’ : Matuidi trouve Payet sur la droite (peut-être sa seule bonne action du match). Le Réunionnais emmène son défenseur avant de revenir sur son pied gauche pour enrouler un centre qui trouve l’arrière du crâne de Giroud. Ciprian Tătărușanu est bien plus conciliant que son état-civil et il adore les fraises. (1-0)

LA LUMIÈRE EST VENUE D’OLIVIER GIR… Comment ça, ce n’est que le match d’ouverture ? Ok, je me calme. Mais je pensais que ça se jouait à la Toussaint, l’ouverture…

64’ : Patrice Evra est un génie. Il crochète Stanciu de la jambe gauche en pleine surface et lève les bras aux cieux simultanément pour clamer son innocence. Qui plus est, il commet une faute sur un joueur qui avait perdu le ballon ; enfin qui allait trouver Kanté sur sa route, c’est pareil. Une action qui vient couronner un match impeccable de la part du joueur de la Juventus qu’aucun adversaire n’avait réussi à ne pas passer. Patrice, les aventuriers de la tribu jaune ont décidé à l’unanimité de vous éliminer et leur sentence est irrévocable.

65’ : En plus d’être irrévocable, elle est transformée par Stancu. Marquer sur péno, c’est pas joli-joli. C’est donc un but de Stancu laid… (1-1)

Le 7 décembre 2014, l’Olympique de Marseille reçoit le FC Metz pour le compte de la 17è journée de Ligue 1. On joue les arrêts de jeu et le score est de 2-1 pour les locaux du Loco. N’importe quel coach estampillé Ligue 1 aurait garé le bus devant la cage de sa formation, attendant patiemment que les minutes s’égrènent. Pas Marcelo Bielsa. Et ça fonctionne : Rod Fanni, alors défenseur central, intercepte une mauvaise passe de Métanire à la limite du rond central dans le camp messin. Il s’avance et décale idéalement Dimitri Payet sur sa droite. Ce dernier s’emmène le ballon, avant de le piquer au-dessus du gardien dans un geste plein de maîtrise et de lucidité. Dimitri Payet ne serait pas le même joueur si sa route n’avait pas croisé celle du technicien argentin. Bielsa lui a apporté la rigueur et la consistance sur l’ensemble d’un match. Et d’une saison. Pas étonnant que le coup de patte décisif soit venu de lui. Quand en plus on sait que dans ce fameux match face à Metz, il avait également distillé un centre décisif pour la tête de Dédé Gignac…

89’ : Vous connaissez l’histoire du mec qui s’absente pour aller aux lieux d’aisance pendant les matchs et, à chaque fois qu’il y va, un but est marqué ? J’ai suivi le match avec – entre autres – le dénommé Mickaël, réputé pour posséder ce superpouvoir. À 1-1, désespérant de voir la partie se finir sur ce score, nous l’avons invité à se rendre aux toilettes, plus pour déconner qu’autre chose. La suite, vous la connaissez… Sagna feinte le centre et trouve Coman, qui s’appuie sur Kanté après un demi-tour sur lui-même. Le champion d’Angleterre glisse à Payet : contrôle orienté et missile du gauche. La frappe du meneur de jeu vient transpercer les filets et la couche d’O-Zone : Dimitri, c’est plus fort que l’avion de Barbie ! (2-1)

90+2’ : Une passe décisive, un but et comme si cela ne suffisait pas, déjà une image forte de cet Euro : appelé par le banc pour être remplacé, Dimitri Payet fond en larmes. L’histoire ne dit pas si ces larmes furent causées par la charge émotionnelle de cette fin de rencontre, ou par l’entrée en jeu de Moussa Sissoko.

90+3’ : Cours, Moussa ! Cours ! Chevauchée fantastique, Sarah Connor, tout ça, tout ça…

“C’est simple, le football, quand on frappe dans les lucarnes.” La conclusion est implacable et elle est signée Didier Deschamps en conférence de presse d’après-match.

Pour équilibrer le niveau, voici ce que l’on peut lire sur les murs du mémorial d’Oradour : “De toutes les semences confiées à la terre, le sang versé par les martyrs est celle qui donne la plus prompte moisson.” Il fallait bien une citation de Balzac pour honorer la mémoire de ces innocents...

À tantôt…

Cahiers de cinéma - Entrée #16…

Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? (2013) de Philippe de Chauveron
Mauvaise foi
Any customer can have a car painted any colour that he wants so long as it is black.” Le couple Verneuil pourrait faire sienne la citation d’Henry Ford, dans une version révisée et adressée à ses 4 filles : épousez qui vous voulez, du moment qu’il soit blanc, français “de souche” et catholique. Les 3 aînées sont allées à l’encontre, laissant à la benjamine la charge de rassurer des parents légèrement racistes. Ce qu’elle ne fera évidemment pas, s’étant entichée de Charles, catholique mais noir africain. Dans ces conditions, les présentations, l’annonce et la préparation du futur mariage promettent d’être tendues… C’est le pitch de cette comédie qui a achevé sa carrière au-delà des 12 millions d’entrées. Facture télévisuelle, empilement de vannes en guise de scénar et casting d’humoristes : ça n’a pas grand chose à faire au cinéma. Mais bon, c’est souvent drôle et on échappe à la morale bon enfant au profit d’une mécanique inédite qui voit les a priori racistes rassembler les protagonistes. C’était inattendu et clairement à mettre au crédit du film. Un mot sur Christian Clavier, qui poursuit sa “sarkozysation”, bien qu’il en fasse de moins en moins (paradoxe). À l’heure du tout tactile, les Clavier sont de moins en moins pertinents…

Bon_Dieu_Affiche


The Amazing Spider-Man 2
(The Amazing Spider-Man : Le Destin d’un Héros) (2014) de Marc Webb
Harry, un ami qui vous veut du mal
La suite du reboot a opéré une réduction d’échelle dans ses enjeux, devenus moins planétaires et plus locaux. De la même façon, le personnage principal semble plus proche du comic, de l’esprit des premiers films de Sam Raimi, en grande partie grâce à son interprète, Andrew Garfield, la vraie bonne idée de cette nouvelle saga. On ne peut pas dire qu’on avait un besoin pressant de revoir l’homme-araignée, mais une chose est sure : c’est le cadet des soucis du cupide studio au nom qui commence par un M. Il y a de bonnes choses dans ce volet : l’amitié entre Peter et Harry Osborn (Dane DeHaan, à nouveau très convaincant) est assez joliment traitée, le personnage de Jamie Foxx est une menace vraisemblable dans l’univers de référence… En revanche, on n’échappe ni à une histoire totalement abracadabrantesque sur le géniteur de Spidey, ni à des scènes de “vol” à la con, et en vue subjective, qui ne semblent avoir d’autre intérêt que de promouvoir les produits vidéoludiques dérivés. À ce propos, la séquence des grues se détache haut la main par sa stupidité confondante. Avec Marvel, on est toujours proche du mercantile, comme en témoigne l’introduction finale de Rhino, joué par un Paul Giamatti en roue libre, qui annonce (déjà) le prochain épisode et confirme, à ceux qui en doutaient, que le studio usera cette franchise jusqu’à la corde. Ah oui, EMMA STONE, JE T’AIME ! Mais genre vraiment… Fin du message personnel, vous pouvez reprendre une lecture normale.

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Godzilla
(2014) de Gareth Edwards
Godzi pas là
Il y a 16 ans, Roland Emmerich lâchait un immense lézard irradié dans Manhattan, Jean Reno et 130 M$ par les fenêtres. Que reste-t-il de ce nanar aujourd’hui ? Le morceau emblématique de sa bande originale, “Come with me”, interprété par Puff Daddy featuring Jimmy Page, qui fait office de jingle de célébration à chaque but de l’OM inscrit au Stade Vélodrome. On s’en serait tous (à l’exception notable de ceux qui préfèrent les pétrodollars, le caviar et les cupcakes) tenus à ça, mais il a fallu que Gareth Edwards réveille la bête pour livrer une relecture d’une histoire dont tout le monde (ou presque) se contrefout. Plutôt habile niveau troll, le réalisateur s’est entouré d’acteurs solides en la personne de Bryan Cranston et Juliette Binoche, uniquement pour confier la lourde responsabilité du rôle principal à Aaron Taylor-Johnson, comédien qui serait capable d’obtenir une note négative sur une échelle de charisme qui irait de 0 à Keanu Reeves. Nice move, Gareth! Que dire d’autre ? Que les lunettes 3D, c’est pas super compatible avec la sieste et qu’on aurait préféré que le metteur en scène fasse comme son copain de prénom madrilène, qu’il prenne les millions et aille claquer des buts dans la contrée de son choix (pas le Japon, pour des raisons évidentes). Sur la musique de Come with me, tiens…

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X-Men: Days of Future Past
(2014) de Bryan Singer
Temps X
Oui, oui, c’est bien le X-Men avec Omar Sy dedans (Omar Yf). Non, il n’y sert à rien. Est-ce que c’est bien ? Bah, c’est un vrai film de Bryan Singer : absolument rien de transcendant, si ce n’est le morceau de bravoure qui met en scène Quicksilver, sorte d’écho aux arabesques de Diablo à la Maison Blanche dans l’intro d’X2. Reste le petit plaisir de la vengeance avec ce final en beau majeur levé adressé à Brett Ratner. Vivement la suite, les Y-Men, avec des blogueuses mode et des community managers

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Edge of Tomorrow
(2014) de Doug Liman
4G
Il y a un peu plus de 20 ans, Harold Ramis popularisait le concept de boucle temporelle en condamnant son héros à revivre sans cesse la même journée, celle de la marmotte. On est aux antipodes de Groundhog Day : Tom Cruise a quelques cachets de Lexomil de retard sur Bill Murray, et, surtout, la comédie à portée philosophico-existentialiste se mue ici en gargantuesque blockbuster estival. Mais pas aussi écervelé qu’il n’y parait, ce qui a permis au film d’être LA bonne surprise de la saison. C’est fun, plutôt malin dans le propos et, devinez quoi ? Tom Cruise est ENCORE parfait ! J’ai coutume de le répéter ici, mais lorsque les films dans lesquels il évolue sont mauvais, ça n’est jamais de sa faute. Va falloir que je prenne mon badge de la Tom Cruise Appreciation Society… Pour les féministes du dimanche, le personnage d’Emily Blunt est une sorte de guerrière indestructible, servant de symbole à la rébellion, crainte davantage par les individus d’origine masculine combattant à ses côtés que par les inamicaux aliens. Il y a de fortes chances que ce rôle soit pour elle synonyme de sésame Marvel, ce qui me désole au plus haut point. Mais bon, j’imagine que la voir se relever 17 fois de sa série de pompes sous la caméra de Doug Liman est une bien jolie consolation. Here’s looking at you, kid

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Transformers: Age of Extinction
(Transformers : L’Âge de l’Extinction) (2014) de Michael Bay
Optimus déprime
Savez-vous pourquoi l’on parle toujours de Jésus de Nazareth, bien qu’il soit né à Bethléem ? Parce qu’à l’époque, il écumait les rades de Galilée et passait le plus clair de son temps à raconter des blagues, passablement aviné. Elles étaient si mauvaises que ses collègues de boisson lui rétorquaient souvent “Jésus, t’es naze, arrête !” Voilà, voilà. Pourquoi est-ce que je vous offre cet intense moment de poilade ? Il est trop tard pour choquer votre tante au dîner du réveillon de Noël et attendre jusqu’à l’année prochaine s’avère bien trop long. Non, parce que j’aurais aimé que quelqu’un prévienne Michael Bay avant qu’il commette ce quatrième épisode. Go home, you’re drunk! ou quelque chose de ce goût-là. Il faut bien reconnaitre que le réalisateur est un putain d’alchimiste : le film dure 2h45 et en parait 8. L’intrigue est d’une pauvreté affligeante, on nage dans la redite (au bout de 30 heures de films, ça devait finir par arriver), et, comme bien souvent, dans la plus infâme bêtise. Avant, ça passait, grâce à l’inventivité visuelle et au savoir-faire du monsieur. Là, on a atteint et allègrement dépassé le seuil de tolérance du constructeur. Extinction des feux.

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Boyhood
(2014) de Richard Linklater
12 years a boy
Filmer les mêmes comédiens sur une période de 12 ans, c’est la gageure à l’origine de Boyhood. Comme les Transformers, ça dure 2h45 et comme 12 Years a Slave, il est question d’un peu plus d’une décennie. Pourtant, le film n’est nullement comparable et mérite bien plus de louanges. On ne va pas se mentir, la force réside ici dans le concept : se servir des mêmes acteurs, assister à leur évolution physique au cours des ans est infiniment plus intéressant que de les vieillir numériquement ou d’en choisir d’autres pour les incarner à différents âges. L’exécution est remarquable, notamment par l’utilisation maline de marqueurs temporels : chansons, objets (technologiques), etc. qui permettent de se repérer et de nous renvoyer à notre propre histoire. Car c’est selon moi la plus grande force de cette fresque : en regardant ces personnages grandir, on tourne les pages de notre album personnel, on en superpose mentalement les vignettes sur celles qui défilent à l’écran. Les morceaux de vie qui peuvent paraitre neutres sont un canevas pour le spectateur et l’ensemble, un formidable véhicule d’émotion(s), à peine terni par le côté tête à claques de Mason adolescent et la philosophie de comptoir des dernières séquences… Beau !

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Begin Again
(New York Melody) (2013) de John Carney
“So let’s get drunk on our tears…”
Begin Again aka New York Melody s’inscrit dans 2 catégories :
1 – les films dont le titre français est en anglais avec un sens, soit inexistant, soit complètement en décalage par rapport à l’original (Phone Game, Sexe Intentions…)
2 – les films que tu as déjà “vus” 1000 fois, dont tu connais l’issue dès la bande-annonce, et que tu apprécies quand même.
En effet, ce n’est clairement pas l’originalité qui prime ici, plutôt le charme du duo d’interprètes principaux, Keira Knightley (dans une irrésistible composition de femme-enfant paumée) et Mark Ruffalo (toujours incroyablement humain et touchant), les chansons (si vous avez l’occasion, écoutez la version acoustique de “Lost Stars” par Adam Levine) ainsi que l’énergie bienveillante d’un feel-good movie qui fait du bien…

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The Raid 2
(2014) de Gareth Evans
Raid is not dead
Le premier épisode était aussi étriqué et répétitif que son successeur est ambitieux. Là où il se limitait à un traitement vidéoludique de la progression de son héros (les étages de l’immeuble comme autant de niveaux, le trafiquant de drogue reclus faisant office de boss final), le réalisateur livre cette fois-ci un opéra ample et généreux de 2h30 qui convoque pêle-mêle Sergio Leone, Francis Ford Coppola, John Woo, Tsui Hark, Jean-Pierre Melville et tout plein d’autres noms très chics qui vous feront bien voir auprès de ceux qui tiennent les murs du cinoche. C’est le même principe qu’un bon buffet chinois à volonté, il y a de tout, et en grande quantité : organismes broyés, justice expéditive, mélancolie, vengeance, tragédie shakespearienne, etc. ; le tout servi par une mise en scène au lyrisme sauvage. Éreintant, mais TELLEMENT généreux et enthousiasmant, à l’image du formidable duel final dans les cuisines du restaurant…

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Di Renjie: Shen du long wang
(Detective Dee 2 : La Légende du Dragon des Mers) (2013) de Tsui Hark
Wrong Detective
On dirait la candidature spontanée et fauchée de Tsui Hark pour réaliser le sixième Pirates des Caraïbes. C’est super laid, la bouillie numérique étant rehaussée par une 3D gadget qui file la nausée. C’est dans le thème du film, qui se déroule en grande partie en mer, vous me direz... Tout s’est fait la malle ! L’élégance et la poésie des premières aventures (Detective Dee : Le Mystère de la Flamme Fantôme), la qualité de l’intrigue, la beauté des combats, et le spectateur désabusé.
/!\ ALERTE ENLÈVEMENT : Tsui Hark, 64 ans, type asiatique, réalisateur de Time and Tide, Il était une Fois en Chine, Il était une Fois en Chine II : La Secte du Lotus blanc, etc. a disparu depuis plusieurs années. L’homme serait désormais capable de filmer des histoires invraisemblables sans aucune considération esthétique. L’individu porterait des lunettes de soleil et serait armé d’un objet contondant (peut-être une caméra 3D). N’agissez pas seul.

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Les Combattants
(2014) de Thomas Cailley
“Tu manges pas ton Flanby ?”
Les récits sur le passage à l’âge adulte ne sont pas l’apanage du monde anglo-saxon, mais force est de reconnaitre que ce sont eux qui les réussissent souvent le mieux. Ils ont même une expression pour cela : coming of age. Grâce au premier long de Thomas Cailley, on sait désormais que le cinéma français récent est également capable d’en proposer de très bons. Récit de passage à l’âge adulte, romance adolescente, comédie pure, film apocalyptique, Les Combattants est tour à tour tout cela, sans lourdeur, comme la version Playskool de l’armée expérimentée par ses héros. Bien que le résultat contienne ce qui fut un des grands moments de drôlerie de 2014 (la scène de l’instructeur dépité qui essaie tant bien que mal d’apprendre aux stagiaires à évaluer les distances), ce qui s’y passe n’est pas nécessairement le plus intéressant. L’alchimie inattendue entre la douceur de Kévin Azaïs et la force de la bombe à retardement Adèle Haenel fait des étincelles, en même temps qu’elle vient inverser le rapport de force éculé. Il faut la voir mener par le bout du nez son partenaire, shooter dans un drapeau tricolore de rage et l’instant d’après ouvrir de grands et beaux yeux pour lesquels on serait prêt à pardonner beaucoup. Bien que la dynamique repose principalement sur leur relation à tous les 2, c’est elle qui est la vraie révélation. C’est un des jolis visages de cette année, qu’on devrait revoir très vite tant ce film, d’une légèreté et d’une fraîcheur salutaires, pourrait bien faire date dans l’histoire d’Adèle H…

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Next Goal Wins
(Une Équipe de Rêve) (2014) de Mike Brett & Steve Jamison
“I wanna win a game, I would die as a happy person.”
Les impératifs économiques et le cynisme ont depuis longtemps balayé la simple passion dans le football. Pourtant, il arrive que de jolies histoires parviennent jusqu’à nos oreilles. Ou nos yeux, en l’occurrence. C’est le cas de l’incroyable épopée de l’équipe nationale des Samoa Américaines racontée dans ce très bon doc. Tenante du titre peu honorifique de pire équipe de football du monde, elle avait concédé – face à l’Australie – une défaite historique sur le score de 31-0 en 2001. Ça pique un peu. La dernière place au classement FIFA aussi. Au plus bas (aucune victoire en match officiel dans toute l’histoire de la sélection, aucun but inscrit depuis 4 ans), les Samoa ont fait appel à un entraîneur néerlandais à l’aube de la campagne qualificative pour la Coupe du monde au Brésil. C’est le point de départ du récit.
Le reproche majeur que l’on peut adresser à ce film est la surdramatisation, notamment par l’utilisation abusive de la musique. Cette histoire était suffisamment saisissante pour l’éviter. Si l’on met cela de côté, c’est un vibrant plaidoyer pour le beautiful game, l’occasion de voir des types jouer pour tout un tas de valeurs qui sembleraient presque désuètes : la fierté, l’amour de sa terre natale, l’esprit d’équipe, le plaisir… On se prend à supporter le petit, l’outsider, d’autant que leur destin personnel est touchant, du gardien de but ayant encaissé les 31 pions, revenu exorciser ses démons à Johnny “Jaiyah” Saelua, représentant fa’afafine (3è genre reconnu dans la culture samoane). C’est une histoire qui fait figure d’anachronisme, exceptionnelle dans tous les sens du terme, exaltante et profondément humaine.

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Neighbors
(Nos pires Voisins) (2014) de Nicholas Stoller
Unfriendly neighborhood
Nicholas Stoller avait commencé fort sa carrière de réalisateur, enchainant Forgetting Sarah Marshall et Get Him to the Greek, deux classiques déjantés de la comédie ultra-régressive que je ne saurais trop vous conseiller. Approchant la quarantaine, le bonhomme s’est visiblement calmé dans les thèmes abordés : le mariage d’abord, puis le sort de jeunes parents avec ce nouvel opus au pitch simplissime : la guerre entre un jeune couple de parents et la fraternité étudiante emménageant dans la maison voisine. La formule est connue : gags efficaces précèdent morale convenue, et elle fonctionne assez bien ici, grâce à l’investissement des comédiens, la palme revenant à Zac Efron, solide dans l’auto-dérision. C’est agréable et drôle, mais finalement loin d’être irrévérencieux, à l’exception de quelques passages (très) isolés. C’est dommage…

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Obvious Child
(2014) de Gillian Robespierre
“ – Do you wanna watch a movie?
– Always!”
Dans le genre idée casse-gueule, une comédie romantique sur fond d’avortement, ça se pose là. A fortiori avec une comédienne de stand up tricarde depuis qu’elle a dit “fucking” à la TV US (allez imaginer si elle avait fait une pub naze pour une banque…) et une réalisatrice répondant au doux patronyme de Robespierre. Le pari est joliment relevé, bien que l’on devine le court métrage étiré. Les scènes de stand up intercalées rappellent Seinfeld tandis que le produit fini, mi-hipster, mi-indé se révèle somme toute plutôt charmant.

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Magic in the Moonlight
(2014) de Woody Allen
Au clair de la lune…
50 films en 50 ans, c’est peu ou prou ce qu’affiche le CV de Woody Allen, stakhanoviste de la péloche (caractéristique qu’il partage avec Steven Soderbergh). Il y a forcément du déchet, si bien que l’on entend souvent parler de Allen mineur à propos de ses dernières productions. C’est vrai, mais en toute subjectivité, et à quelques exceptions près, même quand c’est moins bien, c’est souvent bien. Magic in the Moonlight est un Allen mineur, à nouveau paré de la photographie si reconnaissable de Darius Khondji (utilisée depuis Midnight in Paris). Mineur, mais diablement séduisant ; et je ne dis pas ça (uniquement) parce qu’Emma Stone figure au casting. Elle y est évidemment irrésistible, volant le cœur de Colin Firth en même temps que le nôtre (le mien, en tout cas). Ce dernier est d’ailleurs parfait en héros allenien quelque peu éloigné des canons du genre. Ainsi va cette magie au clair de lune au scénario et aux dialogues moins travaillés qu’à l’accoutumée, mais dont la résonance personnelle et le charme a fini par m’emporter. Encore. Et toujours…

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Cahier de Mondial – Entrée #33 : “Émois d’un mois”

Il fallait bien que ça arrive… 12 juin – 13 juillet, le compte est bon. 32 jours, autant d’équipes, 64 matchs, 171 buts, des hectolitres de sueur, de larmes et de mousse à raser, du sang, du soleil, des nanas, de la pluie, des crêtes, des surprises, des branlées, des sourires de gosses, des câlins, des morsures, des tatouages, de l’amour… Le monde s’est arrêté de tourner pour regarder le Brazuca prendre le relais : une demi-révolution du bon ou du mauvais côté, la goal-line technology veille au grain… C’était beau, c’était bon, c’était grand, c’était court. J’ai jamais trop aimé les adieux, je tolère à peine les au revoir, c’est pourtant la dernière fois que je noircis ce cahier. J’ai vécu ce Mondial à fond, au rythme du multi-écran qui ne fait pas que braquer notre concentration – il entretient également à merveille les monomanies –, j’ai mis la misère à mon horloge interne, j’ai sacrifié mon reliquat de vie sociale, mes heures de sommeil aussi, j’ai regardé, écrit, débattu, pronostiqué, maudit, juré, rêvé, j’ai eu les larmes aux yeux… Je n’ai jamais vraiment eu l’esprit de synthèse, mais je vais tenter d’articuler mes souvenirs autour de l’axe un but/un joueur/une équipe/un match. Pour le but, je pencherais pour le saut de l’ange de van Persie face à l’Espagne. Parce que le geste est fou, parce que bien avant la déroute brésilienne en 1/2, ça lance la soirée la plus improbable et de loin. Un joueur : Neymar. On pensait qu’il était trop frêle pour cristalliser les espoirs de tout un pays, et, s’il avait dû souffrir d’une vertèbre, l’injustice poétique aurait voulu que ce soit l’atlas, baptisée ainsi en référence au Géant de la mythologie qui portait la Terre sur ses épaules. Au lieu de ça, Zúñiga l’a fauché au bas du dos, le rêve brésilien avec. Une équipe : l’Allemagne. Honneur aux vainqueurs (et gloire aux vaincus), il y a beaucoup de bons footballeurs et de bons mecs dans cette équipe, ça fait un bien fou ! Bon, il y a aussi des visites chez le coiffeur qui se perdent, ça compense. Un match : Suisse/France. Je ne m’étais pas emballé comme ça en regardant les Bleus depuis Mathusalem. C’est la rencontre qui dépasse de toutes les cases dans le parcours de l’équipe de France, mais alors : quel plaisir ! Et plaisir, c’est le mot ! Bien que le sentiment soit légèrement atténué par la très relative déception tricolore et par la douloureuse débâcle des Auriverde, c’était un régal. C’est pas dit qu’on s’amuse autant chez Vladimir… En attendant, puisqu’une image vaut mille mots, je vous laisse avec de chouettes vignettes. Je file, je crois que la saudade m’attend…

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