Cahier de Mondial 2018 – Entrée #31 : “Plus belge la vie…”

Jonathan Vandenbroeck est né le 14 juillet 1981 à Borgerhout, district d'Anvers. Bien vite, sa notoriété a dépassé les frontières de la cité qui abrite l'une des plus belles gares du monde. L'année de ses 27 ans, à l'heure où d'autres passent à la postérité en même temps que l'arme à gauche, l'auteur-compositeur-interprète belge connaît le succès en dehors du plat pays sous le pseudonyme de Milow. Son fait d'armes : une reprise acoustique d'Ayo Technology, morceau popularisé par 50 Cent. 50 Cent, c'est la moitié d'un Euro. Quid d'une Coupe du monde ?
Pour les Diables Rouges, l'enjeu de ce samedi 14 juillet 2018 est loin d'être anecdotique. En cas de victoire, ils réaliseraient la meilleure performance nationale de l'histoire de la compétition, effaçant l'ancienne marque, une médaille en chocolat (!) glanée en 1986, au terme d'un revers concédé au voisin français. Face à eux, cette fois-ci, l'Angleterre. Outre-Quiévrain ? Outre-Manche ? Où donc va couler le bronze ?
Afin d'atteindre cet ultime objectif, tous les soutiens sont bons à prendre, y compris en chanson. On se souvient qu'il y a 4 ans, c'est Paul Van Haver aka Stromae - un autre amateur de nom d'emprunt à coucher à l'intérieur - qui avait composé l'hymne de la sélection, Ta fête. Une ritournelle à l'optimisme débordant, presque béat : Il est l'heure, fini l'heure de danser / Danse, t'inquiète pas tu vas danser / Balance-toi, mais tu vas te faire balancer / Défonce-toi, mais tu vas te faire défoncer. Après tout, il y avait peut-être une raison au fait que Milow, comme Scorpions ou a-ha avant lui, honore sa langue maternelle en choisissant l'anglais.
Une journée résolument musicale : c'est le 14 juillet 1993 que Léo Ferré ferma définitivement les yeux en Toscane, sans doute la région au monde où, davantage qu'ailleurs, il est impérieux de les garder grands ouverts. L'ironie du sort, quand elle nous tient, avec ses bras plus longs que ceux de la Vénus de Milo(w)...



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BELGIQUE 2-0 ANGLETERRE / MEUNIER 4’, HAZARD 82’

À l'entrée Hazard du dictionnaire de Cambridge, on peut lire la définition suivante : something that is dangerous and likely to cause damage. Un homme averti en vaut deux, askip. Devinez qui a fini Homme du Match Budweiser ?

4’ : Le dégagement de Thibaut Courtois touche la tête de Nacer Chadli dont la déviation parvient à Romelu Lukaku. Ce dernier lui remet en profondeur, couloir gauche, dans un une-deux à contretemps. Le centre de Chadli, légèrement dévié par Kieran Trippier, trouve Thomas Meunier aux 6 mètres, qui a tout le loisir d'ajuster Jordan Pickford du tibia, en devançant Danny Rose. (1-0)

Il a fallu à peine 216 secondes aux Jaune et Noir et au latéral parisien pour entrer dans la partie. Soit 209 de plus que son homonyme Ophélie pour entrer dans mon cœur (oui, je suis lent). Face à la patrie des Tudor, qui d'autre que Meunier pouvait ouvrir le score ? Lors du pion de la qualif arrachée au Japon, c'est lui qui avait servi Chadli au bout d'un contre éclair. Le joueur de West Bromwich Albion lui renvoie l'ascenseur. 1 ascenseur, 2 Diables : le foot > les scénars de Shyamalan.

70’ : Eric Dier passe entre deux adversaires, s'appuie sur Marcus Rashford et pique le ballon au-dessus de Courtois. C'est sans compter sur Toby Alderweireld, son coéquipier à Tottenham, auteur d'un tacle salvateur devant sa ligne.

80’ : Fabuleuse action collective digne d'Olive et Tom où sont condensés l'équivalent de 78 épisodes (progression de 100 mètres) en quelques secondes. Jan Vertonghen relance vers Eden Hazard, talonnade en une touche pour Dries Mertens. Mertens pour Kevin De Bruyne, talonnade également pour rendre à Mertens. Mertens redonne à De Bruyne, De Bruyne décale à gauche, à nouveau pour Mertens. À TOI ► À MOI ►► À TOI ►►► À MOI. L'attaquant napolitain centre au deuxième poteau. La volée appliquée de Meunier est détournée par une belle horizontale de Pickford. N'est Pavard qui veut...

82’ : La passe de De Bruyne destinée à Hazard prend à contrepied Phil Jones, qui frôle la chute. Le meneur de Chelsea lui fausse compagnie, se présente seul devant Pickford et conclut OKLM. (2-0)

Le but fait mettre un genou à terre au sélectionneur Robert Martínez. Et deux aux Anglais. Meilleure histoire belge de tous les temps en Mondial. Quant à Gareth Southgate et sa bande, il manque à ce tournoi porteur de promesses, la 3e place, comme il manque la 3e pièce à son costume Savile Row : la veste. Pas de panique, il y en a une de secours sous le siège de l'avion du retour. C'est Francis qui l'a dit...

À тантôт…

Cahier de Mondial 2018 – Entrée #30 : “Pendant que les champs brûlent…”

It was on that night, Karl met his destiny, and I met mine, almost. They say when you meet the love of your life, time stops, and that's true. What they don't tell you is once time starts again, it moves extra fast to catch up. La voix d'Albert Finney, narrateur extradiégétique de Big Fish, accompagne l'avancée d'Ewan McGregor sur la piste d'un chapiteau, à travers une scène de cirque figée et un rideau de popcorn, les yeux dans les yeux tristes d'Alison Lohman.
Pendant le gala quadriennal, on peut avoir tendance à ne plus regarder autour/au-delà, à croire que le monde s'arrête de tourner, laissant le ballon prendre le relais. Un mois durant, les révolutions qui cristallisent l'attention d'une large partie de la planète sont celles d'une sphère de cuir d'environ 400 grammes. Et à la fin, pour peu que son équipe ne soit pas victorieuse, que la liesse générée ne fasse pas diversion, on éprouve une sensation de gueule de bois au moment du retour à la réalité. Comme si la marche du monde se retrouvait soudainement accélérée afin de rattraper le retard dû à cette parenthèse. Pourtant, les exemples où le cours de l'Histoire et la compétition reine se sont télescopés sont légion : la propagande fasciste de la première édition italienne (1934), la dictature militaire en Argentine (1978), le choix de la mascotte (1998), les tensions sociales au Brésil (2014), et, plus proche de nous, la situation politique de la Russie, où l'espérance de vie des opposants au régime n'excède guère celle d'un cheveu sur les golfes temporaux de Vladimir Poutine. L'incident diplomatique déclenché par Granit Xhaka et Xherdan Shaqiri lors de Serbie - Suisse est venu nous rappeler que la (géo)politique ignore jusqu'aux limites du rectangle vert, qu'elle investit allègrement. Passer une tête dans l'entrebâillement, signaler sa présence et réclamer de l'attention, c'est une technique que l'on pensait réservée aux félins ou aux blogueuses mode. Du coup, ce jour de relâche dans l'agenda, qui est également celui de naissance de Simone Veil, est une bonne occasion de s'asseoir sur le rebord du monde pour prendre de ses nouvelles. Allô le monde...


Simone-Veil

Nous sommes le vendredi 13 juillet 2018, c'est après-demain que l'or se barre. Paname ou Zagreb, Francis Cabrel - c'est comme Dieu, mais qui existe - seul sait quelle direction il empruntera... Nul besoin de taper dans le budget corruption #Qatar2022, ni de patienter davantage, voici le programme :


FRANCE – CROATIE

LA GROSSE COTE : Le nombre de cheveux que vont s'arracher les gens de chez Adidas...

France-Finale
Croatie-Finale

Au fait, quelqu'un a des nouvelles de Pauline ?

À тантôт…

Cahier de Mondial 2018 – Entrée #29 : “Des monarques et leurs figurines…”

생일 축하합니다! Lee Byung-hun fête aujourd'hui ses 48 ans. Si d'aucuns se souviennent de la saillie signée Thierry Roland “Mais d'autant que... y'a rien qui ressemble plus à un Coréen qu'un autre Coréen”, la presse française, elle, a affublé le comédien du sobriquet d'Alain Delon coréen. Il est vrai qu'il s'est illustré dans un registre de rôles rappelant ceux jadis dévolus au Melon Delon : des hommes de main élégants, taiseux, solitaires, héritiers des péloches de Melville qui ont fasciné des générations de cinéastes, à plus forte raison en Asie. Sur son CV, les collaborations avec le flamboyant Kim Jee-woon se distinguent : A Bittersweet Life en 2005, Le Bon, la Brute et le Cinglé en 2008. En 2010, il retrouve le réalisateur pour J'ai rencontré le Diable, un thriller sadique et poisseux dépeignant la traque d'un serial killer amoral par un jeune enquêteur. Un jeu du chat et de la souris pervers dont la frontière manichéenne délimitant Bien et Mal s'efface un peu plus à chaque confrontation du flic et de l'assassin, dans un crescendo de violence ahurissant.
L'Angleterre a déjà rencontré les Diables. Les deux formations s'étaient croisées lors de la dernière levée du groupe G, match de dupes destiné à orienter la progression du vainqueur vers la partie haute du tableau, du vaincu dans sa partie basse. Adnan Januzaj avait inscrit l'unique but d'une merveille de frappe enroulée. L'ancien milieu de terrain de Manchester United symbolise à lui seul la familiarité entre les 2 clans : côté belge, ils sont 16 sur 23 à évoluer ou avoir évolué au sein d'une écurie de Premier League, sans compter le sélectionneur et ses deux adjoints. Une partie qui s'annonce ainsi résolument tactique pour la Reine Elizabeth II et le Roi Philippe, qui couveront du regard leurs sujets sur ce grand échiquier...


J-ai-rencontré-le-diable

Nous sommes le jeudi 12 juillet 2018. Après-demain, la patrie de Lucy Bronze, latérale droite des Lionesses, disputera à celle de Benoît Poelvoorde, héros du film Podium, le gain de la petite finale. Voici le programme, gracieusement offert telle la presse à bord du Thalys et de l'Eurostar :


BELGIQUE – ANGLETERRE

LA GROSSE COTE : On va savoir si Gareth fait un tabac ou si Gareth se fait fumer par des Belges soucieux d'offrir une jolie suite au Martínez...

Belgique-Petite-Finale
Angleterre-Petite-Finale

À тантôт…

Cahier de Mondial 2018 – Entrée #28 : “Football's going home…”

66 was a great year for english football. Eric was born. Cette provocation, étalée en 4x3 sur le mobilier urbain anglais au milieu de la décennie 90, est l’œuvre de l'équipementier au signe de ponctuation stylisé. Un millennial barbu, porteur de pantalons laissant paraître chevilles et chaussettes bariolées, la qualifierait vraisemblablement de “disruptive”. Explication : l'année 1966 a vu conjointement la naissance d'Éric Cantona et la seule victoire anglaise en Coupe du monde - à ce jour. Un tournoi inauguré par une opposition entre les locaux et l'équipe d'Uruguay à Wembley, un 11 juillet il y a 52 ans tout pile. On le sait, le pays organisateur bénéficie d'un avantage conséquent. En témoignent, non pas l'élimination récente des Russes - plutôt la conséquence d'un déficit de trésorerie -, mais les 6 précédents : Uruguay (1930), Italie (1934), Angleterre (1966), RFA (1974), Argentine (1978) et France (1998). Et lorsque 30 ans plus tard, le Championnat d'Europe des Nations prit ses quartiers outre-Manche, les attentes furent cristallisées dans un hymne, Three Lions des Lightning Seeds, groupe de rock originaire de Liverpool. Tiens, tiens... Une chanson so british, aussi désabusée qu'optimiste (sic), où les déceptions répétées depuis le désormais lointain succès fondateur de 66 ne ternissent pas l'espérance qui accompagne le début de la compétition. Le courage, c'est d'aller d'échec en échec sans perdre son enthousiasme.
Football's coming home, martèle le refrain, dans une application zélée de la méthode Coué. Le foot revient à la maison, clin d’œil à la terre d'invention supposée du ballon rond dans sa mouture moderne. À ceci près qu'à l'image des produits du fabricant susmentionné, le jeu de balle serait plutôt made in China, si l'on en croit ses racines profondes. Et un espoir douché, un ! Pas le dernier de la soirée, a priori...



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CROATIE 2-1 ANGLETERRE / TRIPPIER 5’, PERIŠIĆ 68’, MANDŽUKIĆ 109’

Le 11 juillet 1848, la gare de Londres-Waterloo ouvre au trafic. Longtemps, la verrière de son terminal fut la première image que les voyageurs percevaient de l'Angleterre en débarquant de l'Eurostar, bien avant la pluie et la nuit à 15h. 150 ans après, la tunique au damier est l'une des dernières images que verra le XI de la Rose en débarquant du Mondial russe. Récit.

5’ : My name is Luka / I live on the second floor / I live upstairs from you / Yes I think you've seen me before... Quelque chose a dû tomber sur les lames du plancher de Luka Modrić pour que le locataire du deuxième s'effondre sur Dele Alli, se rendant coupable d'une faute grossière. Un ancien joueur de Tottenham fait trébucher un joueur actuel de Tottenham. Le coup franc est confié à Kieran Trippier, pensionnaire... des Spurs, qui venge son coéquipier², expédiant le ballon non loin de la lucarne de Danijel Subašić. Sanction immédiate, justice expéditive. La proie pour Londres... (0-1)

Un latéral droit qui inscrit son premier but international dans une demi-finale de Coupe du monde face à la Croatie. Tiens, tiens... À l'origine du mouvement, revoir le geste de Jesse Lingard : un soyeux contrôle orienté en roulette lui ouvrant le jeu.

30’ : Action incroyable. Alli trouve Lingard à l'entrée de la surface, plein axe. Le Mancunien sert Harry Kane en position idéale. Son intérieur du pied poussif, mal négocié par Subašić, lui revient. Son deuxième essai à bout portant heurte le montant puis rebondit sur le genou du portier avant de s'élever dans le ciel moscovite. Kane est signalé hors-jeu. Quand bien même, le quota de Tottenham était épuisé...

68’ : Transversale d'Ivan Rakitić vers Šime Vrsaljko, qui adresse un bon centre. Pendant que la ligne défensive tente de comprendre comment se prononce un patronyme qui débute par 3 consonnes, Ivan Perišić domine Kyle Walker et égalise d'un extérieur du pied en extension. Uchi Mawashi Geri. D'habitude, les coups de pied circulaires, c'est Walker qui les distribue à la fin des épisodes. I have a feeling we're not in Texas anymore... (1-1)

72’ : Mauvais dégagement de John Stones récupéré par Perišić. L'enchaînement passement de jambe-accélération lui permet de déposer Walker - avec un nom pareil, en même temps... À la sotie, son tir croisé du gauche trouve le poteau de Jordan Pickford. Le rebond échoue dans les pieds d'Ante Rebić, surpris, incapable de conclure.

99’ : Corner sortant de Trippier pour la tête décroisée de Stones au premier poteau. Subašić est battu, mais suppléé par Vrsaljko sur sa ligne.

105’+2 : Débordement de Perišić dont le centre trouve Mario Mandžukić à hauteur des 5,50 m. La reprise à bout portant de l'attaquant turinois est sortie de la cuisse par Pickford, qui ajoute un arrêt exceptionnel supplémentaire à son impressionnante collection été 2018, continuant de faire oublier son prédécesseur. Total eclipse of the Hart.

109’ : Encore un centre venu du flanc gauche, originaire des crampons de Josip Pivarić. Chandelle de Walker. Perišić gagne son duel face à Trippier, sa tête se transforme en offrande à Mandžukić, qui réagit plus prestement que Stones et Harry Maguire pour battre Pickford sur sa gauche. (2-1)

La célébration est dantesque, entraînant la chute d'un photographe sous l'enthousiasme collectif. Qu'à cela ne tienne, sa conscience professionnelle intacte, il poursuit son mitraillage au sol.

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Au prix d'une troisième prolongation en autant de rencontres, la Croatie décroche la première finale mondiale de son histoire, à peine 27 ans après sa création. Cela donne de l'espoir au Paris Saint-Germain, qui n'a plus qu'une vingtaine de printemps à patienter.

Côté anglais, l'Euro 96 susdit s'était achevé à l'issue d'une séance de tirs au but les opposant au futur vainqueur allemand. Des 12 tentatives, une seule avait été manquée ; l'œuvre de l'infortuné Gareth Southgate, aujourd'hui sélectionneur des Three Lions. Encore traumatisé, il aurait fait particulièrement travailler cet exercice à son groupe pour éviter un nouvel échec en la matière. Pari gagnant, ils ont été éliminés sans y avoir recours, recevant le coup de grâce à 11 minutes du terme. 11, comme la distance en mètres du point de penalty. Décidément...

À тантôт…

Cahier de Mondial 2018 – Entrée #27 : “J'ai peur de l'avion…”

J'aimerais faire comme tout l'monde / Trouver ça naturel / D'être expulsé d'une Coupe du monde / Jusqu'au milieu du ciel... Dans le barda du parfait supporter, calée entre la mauvaise foi et un reliquat moribond de vie sociale, on distingue la fébrilité. Celle qui l'étreint avant chaque rencontre un tant soit peu importante de son équipe de cœur. En 2018, des contingents d'angoissé(e)s se retrouvent autour de leur sélection nationale, les rangs plus garnis que jamais. Il est en effet bien malaisé d'échapper à la conscription quadriennale. Sans doute le résultat de la croyance séculaire qu'un engouement de masse permettra de présider à la destinée de ses favoris dans la compétition ; une ambiance volcanique afin de retarder les derniers jours de ton pays... Au fil des semaines, cette fébrilité s'est muée en peur, peur que le nom de 23 de leurs compatriotes vienne grossir le manifeste d'un vol retour au départ de la Russie. Bon, dans les faits, ce n'est pas tout à fait ce qui attend le vaincu de l'antichambre de la finale, il y a d'abord le match de classement à disputer, une lutte pour le strapontin de 3e. Ça ressemble fort à la veste de secours sous le siège que le PNC indique à l'ensemble de la cabine dans une chorégraphie qui n'a rien à envier à feu la tecktonik : tout au plus un pis-aller. Un accessit justifiant la case à cocher business et pas pleasure sous l'objet du voyage...
Le 10 juillet 1856, Nikola Tesla a vu le jour à Smiljan (actuelle Croatie). Un siècle et demi plus tard, un constructeur automobile de véhicules électriques lui a emprunté son patronyme. À sa tête, le fantasque entrepreneur sud-africain Elon Musk, principale source d'inspiration du personnage de Tony Stark aka Iron Man dans les productions en 6 lettres au fond vert dont on parlait encore ici. La coïncidence ne s'arrête pas en si bon chemin, puisque l'inventeur serbe naturalisé américain est l'un des derniers rôles incarnés par David Bowie dans Le Prestige de Christopher Nolan. Un thriller fantastique adapté du roman de Christopher Priest, qui aura 75 ans dans 4 jours - l'auteur, pas le livre. Il relate la rivalité entre deux prestidigitateurs à la fin du XIXe. Deux illusionnistes qui furent d'abord amis et associés avant de s'écharper. À l'image de la Fête des voisins qui nous est proposée ce 10 juillet 162 ap. N.T. entre Français et Belges, première affiche de ce dernier carré. Ça risque de se friter sévère car la finale, tout le monde y pense. Et personne ne veut son billet retour...



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FRANCE 1-0 BELGIQUE / UMTITI 51’

Couloir de l'amor

D'emblée, les observateurs ont compris qu'on ne partait pas sur la déclinaison parisienne d'Immeubles en fête. Il y a effectivement beaucoup de complicité entre les joueurs des deux formations, qui se saluent chaleureusement avant de pénétrer sur le terrain. L'accolade entre Thierry Henry - T3 de Roberto Martínez chargé des lignes offensives - et Didier Deschamps n'échappe pas à l'œil des caméras, pas plus que les poussières à celui du téléspectateur. Putain, 20 ans...

La Marseillaise précède La Brabançonne sous le regard de la Reine Mathilde, du Roi Philipe, de Jupiter et du Président de la FIFA, Gianni Infantino. Les capitaines procèdent au traditionnel échange de fanion. Eden Hazard offre à Hugo Lloris un petit sac en carton : un ballotin Jeff de Bruges au cas où La Dèche choisirait d'aligner Steve Mandanda ?

Le protocole est l'occasion d'apprécier à nouveau la plaisanterie filée de la part des instances. En 1/8e, les Bleus ont éliminé l'Argentine ► En 1/4, ils ont été arbitrés par Néstor Pitana, un Argentin. En 1/4, les Bleus ont éliminé l'Uruguay ► En 1/2, ils seront arbitrés par Andrés Cunha, un Uruguayen. Spoiler : aucun officiel belge n'a été retenu pour le tournoi...

Donne-leur Eden, ils t'en font un Enfer

1’ : Une piste d'athlétisme aux normes IAAF est divisée en 8 ou 9 couloirs. Il est communément admis que courir le plus à l'extérieur est un désavantage. Pourtant, Kylian Mbappé produit sa première accélération le long de la ligne de touche, dépose Jan Vertonghen puis Mousa Dembélé avant de centrer vers le point de penalty où Antoine Griezmann est devancé de justesse par Toby Alderweireld.

13’ : Une passe ratée de Nacer Chadli est interceptée par N'Golo Kanté, qui joue en une touche sur Griezmann. En pivotant, le Madrilène trouve Paul Pogba. D'une feinte de corps, il élimine Dembélé et lance Mbappé en profondeur, plein axe. Une piste d'athlétisme aux normes IAAF est divisée en 8 ou 9 couloirs. Il est communément admis que courir au centre est un avantage. Pourtant, les plans de l'attaquant sont contrariés par la bonne anticipation de Thibaut Courtois.

15’ : Premier point chaud. Sur un ballon en retrait approximatif, Lloris dégage en urgence. Ça revient sur Kevin De Bruyne qui sert astucieusement Hazard au-dessus de Kanté et Raphaël Varane. Le meneur de Chelsea frappe, mais c'est trop croisé.

18’ : Trop pure, la puissante demi-volée de Blaise Matuidi est captée sans difficulté par Courtois. La dernière fois que le milieu a trouvé les filets sans que la position de son corps ne défie les lois de la physique, on pouvait encore se déplacer sereinement après avoir gagné un match aller par 4 buts d'écart.

19’ : Hazard élimine (trop) facilement Benjamin Pavard - preuve que la formation lilloise n'est plus ce qu'elle était -, se met sur son pied droit et enroule un tir prometteur que Varane dévie en corner juste devant son gardien - preuve que la formation lensoise est toujours ce qu'elle était.

Poing Lloris. C'est comme le point Godwin, mais l'étoile sur la poitrine a moins de branches :

20’ : Look, up in the sky! It's a bird! It's a plane! It's Spurs man! Sortie spectaculaire au devant de Marouane Fellaini.

21’ : À la réception du corner de Chadli, le contrôle manqué de Fellaini se transforme en décalage pour Alderweireld. La frappe en pivot de l'arrière central est sublimement sortie par son partenaire de club. La parade - une négation horizontale d'un désir perpendiculaire. Hugo fait le Shaw.

23’ : Samuel Umtiti adresse une longue ouverture à Olivier Giroud, qui n'arrive pas à redresser suffisamment le ballon pour battre son partenaire de club. Fête des voisins, on a dit...

31’ : La France obtient un coup franc à une trentaine de mètres, consécutif à une faute de Vertonghen sur Mbappé. Griezmann décale Pavard sur le côté droit. Le centre du Stuttgartois trouve la tête plongeante de Giroud. Comme Sarah Connor, c'est à côté.

34’ : Griezmann renverse sur Mbappé. Sa remise instantanée place Giroud en position idéale. L'Olivier se plante. Strike.

39’ : Le jeu à deux entre Pavard et Mbappé débouche sur un excellent service du je pour le deux. La frappe croisée depuis l'angle des 5,50 m du latéral est détournée du pied par Courtois.

► MI-TEMPS ◄

On revient après une page en couleur.

Il en suffira d'une

50-51’ : Côté gauche, Lucas Hernandez alerte Matuidi. La Pieuvre trouve Giroud au cœur de la surface de réparation dont le contrôle orienté lui permet, pense-t-on, de se défaire de Vincent Kompany et armer de son mauvais pied (je vous entends dire “lequel ?”). Las, le cityzen parvient à s'interposer.

On a envie de lui dire ça va passer, ça va passer à un moment donné, Olivier Giroud, qui n'a pas encore cadré une seule frappe depuis le début de cette Coupe du monde. Il en suffira d'une...” Grégoire Margotton, oracle.

Dans la continuité, le corner est botté rentrant par Griezmann. La trajectoire est coupée par Umtiti, plus prompt que Fellaini. Fellaini coiffé au poteau, la fashion police en rêvait. (1-0)

L'ancien Lyonnais célèbre l'ouverture du score d'une démarche chaloupée. Inspirée par la présence de Mick Jagger dans la corbeille du Krestovski ?

56’ : On prend les mêmes et on recommence. Hernandez ► Matuidi, déviation en une touche, roulette et passe de la semelle de Mbappé pour un Giroud trop lent, repris par le tacle de Dembélé. Bonsoir Cruella, j'ai l'impression d'avoir déjà écrit cette phrase, pouvez-vous me dire si c'est le cas ?

65’ : À l'autre bout du très bon centre de Dries Mertens, nouvel entrant, Fellaini prend le meilleur sur son partenaire de club Pogba. Son coup de casque file tout près du montant.

81’ : Hazard combine avec Lukaku, se voit dépossédé du ballon par une intervention de Varane. Le cuir continue sa course jusqu'à Axel Witsel, auteur d'un tir tendu sur lequel Lloris, encore lui, se détend parfaitement.
Sur le renvoi, Hazard percute violemment Matuidi. Le ralenti saisissant son expression est l'une des images du Mondial, à n'en pas douter, fournissant matière aux esprits facétieux avides de détournements.

Matuidi-France-Belgique-10072018

89’ : La passe insensée de De Bruyne frôle le sommet du crâne de Lukaku. Les magiciens roux ne squattent pas uniquement les pages de J.K. Rowling...

On annonce 6 minutes de temps additionnel. Michy Batshuayi fait son entrée, rejoignant De Bruyne, Ferreira Carrasco, Hazard, Lukaku et Mertens sur le gazon. Le joueur le plus défensif de la Belgique devient le ramasseur de balles derrière la cage.

90’+2 : Sur une rentrée de touche des Diables, Kanté intercepte de la tête (!) le lancer d'Alderweireld. Pogba se retourne et sert remarquablement Griezmann dont le tir est moins efficace qu'un KitKat pour faire le break.

90’+6 : La Pioche passe devant De Bruyne et glisse à Corentin Tolisso, à l'opposé. Le pensionnaire du Bayern est dans un fauteuil pour porter l'extrême-onction, mais sa frappe du gauche est sortie du bout du gant par le portier.

Coups de sifflet finaux.

Pour la deuxième fois de son histoire, l'équipe de France s'invite au dîner de gala le plus select du football mondial, 2 ans jour pour jour après un douloureux Frexit sportif. Demain, elle saura qui de la Croatie ou de l'Angleterre viendra s'asseoir à sa table.

En zone mixte, certains Belges ont fustigé la pusillanimité tricolore. Le beau jeu laid nouveau est arrivé mais vu le score étriqué, on ne peut pas le taxer de piquette...

La retransmission s'achève sur cet échange entre Bixente Lizarazu et Grégoire Margotton, qui s'agitait, au moment de rendre l'antenne :

- Vous bougez beaucoup les bras, non ?
- Un peu, mais ça fait rien !
On aime autant que ce soit lui plutôt que l'agent de piste sur le tarmac...

À тантôт…

Cahier de Mondial 2018 – Entrée #26 : “Just for one day…”

Ce lundi 9 juillet 2018, l'écrivain et producteur américain Tim Kring souffle sa 61e bougie. L'année soixante-deux, encore, mais le vent a emporté deux des quatre garçons... Tim est le créateur et showrunner de la série télévisée Heroes, débarquée sur le réseau NBC en septembre 2006 ; un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Netflix n'existait qu'aux États-Unis, les saisons dépassaient allègrement la vingtaine d'épisodes - grève des scénaristes de la Writers Guild of America mise à part - et il fallait faire ce truc absolument absurde pour connaître la suite de l'histoire : attendre. Les temps ont changé. Pas sûr que demain tout aille mieux...
De quoi ça s'agit ? Des gens ordinaires se découvrent des super-pouvoirs qui viennent bouleverser leur quotidien. La galerie des personnages principaux compte entre autres Claire, une pom-pom girl douée de régénération cellulaire rapide, Peter, un infirmier empathique capable d'émuler le pouvoir des personnes avec qui il entre en contact, Isaac, un artiste peignant le futur, Hiro, un programmeur pouvant manipuler le continuum espace-temps et Matt, un policier télépathe... Les deux tiers du premier volume, Genesis, sont remarquables, le récit est choral mais presque intimiste. Puis tout explose, l'enjeu devient subitement globalisé et extrêmement sentencieux : il ne s'agit plus simplement d'enquêter sur l'origine de ces mutations soudaines ou tenter de les apprivoiser, il faut désormais sauver le monde. L'échelle change drastiquement, se voyant ajouter un nombre incalculable de barreaux...


Misfits

Dans le même registre, Misfits est son homologue anglais, donc irrévérencieux, turbulent, mal élevé et qui roule à gauche. Apparus en 2009 sur les écrans du Royaume-Uni, les Misfits susnommés sont un groupe de jeunes adultes condamnés à des travaux d'intérêt général, frappés par la foudre un soir de tempête. Résultat : acquisition de facultés surhumaines que l'on ne détaillera pas ici car le plaisir de la découverte fait aussi le sel du feuilleton. Là encore, ces capacités émanent de leur caractère, de leur chemin de vie. Sur la fin, l'ensemble a perdu en qualité, sans pour autant se départir de ce second degré très british, cette distanciation par rapport au propos quand Heroes demeurait essentiellement premier degré.

On parlait ici-même de M. Night Shyamalan dans le billet précédent. Sa trilogie artificielle Incassable / Split / Glass est une illustration supplémentaire du principe de déliquescence dont a été victime le show de Tim Kring. Le premier film était une formidable réflexion, quasi philosophique, sur la figure du héros, la naissance des mythes, l'identité et la croyance (pas nécessairement religieuse) ; davantage un drame personnel qu'un actioner. Patatras ! les 2 suites ont galvaudé cet héritage. On pourrait se montrer indulgent si l'on prenait Split à part, tel un exercice de style, une incursion dans le thriller schizo et angoissant. Mais la velléité est découragée par la maladroite séquence post-générique, destinée à raccrocher le wagon au convoi d'une franchise qui a totalement déraillé (clin deuil à son accident de train inaugural) avec Glass. Entre Incassable et ses sequels, la subtilité a quitté la tribu. La flamme qui guidait l'ambitieux projet a été éteinte sans ménagement par les impératifs mercantiles et la tendance lourde des superproductions en collants. Leur sentence est irrévocable.

On en arrive au studio à 6 lettres, game changer, et pas en bien. Il n'y a guère que dans les pages écornées du Harrap's que je compulsais au collège qu'il est associé à Merveille. Ce ne sont pas des héros, faut pas croire ce que disent les journaux. Tout au plus des VRP de luxe évoluant dans des pilotes n'ayant d'autre mobile que de présenter ces protagonistes au développement quasi nul pour pouvoir les empiler ensuite dans de gros machins de 3 heures qui font beaucoup de bruit.

Finalement, le schéma narratif adopté par ces fictions ressemble assez à un parcours en Coupe du monde. La phase de poule est  accompagnée d'une effervescence modérée qui ne cesse de croître lorsque l'enjeu devient suprême. Et ça commence demain. N'en déplaise à la mégalomanie de l'Oncle Sam, ici, on préférera conquérir métonymiquement le monde plutôt que le sauver. Ce qui n'empêche pas les vainqueurs d'être des héros, juste sur un match, juste pour un jour. Un refrain bien connu de celui qui a quitté sa capsule voilà 2 ans et demi et prêté son nom de naissance à l'antagoniste... d'une autre série de science-fiction, Fringe. La boucle est bouclée, parce qu'au final, tout ceci, ça n'est jamais que des histoires à raconter...

À тантôт…

Cahier de Mondial 2018 – Entrée #25 : “Le diable à quatre…”

Au Moyen-Âge, les églises étaient parfois le théâtre de mystères et miracles, sortes d'hagiographies scéniques relatant la vie des saints et leurs auréoles, destinées à rameuter de l'arrière-train de fidèle sur le mobilier sacré. Peu à peu, elles engendrèrent un nouveau type de représentations qui se murent du cœur des édifices religieux aux places publiques. Les diableries - puisque c'était leur nom - faisaient désormais intervenir des comédiens grimés incarnant le Malin avec force tapage. Généralement jouées à deux, elles pouvaient exceptionnellement voir leur distribution doubler pour garantir un boucan d'enfer. C'est ainsi que l'expression “faire le diable à quatre” fit son apparition au XVIIè siècle, signifiant faire beaucoup de bruit, causer beaucoup de désordre ou se dépenser beaucoup pour quelque chose.
En 2010, le postulat de départ du film Devil réunit fortuitement 5 étrangers dans l'ascenseur d'un immeuble de bureaux de Philadelphie. Très vite, un incident technique impromptu bloque la cabine et oblige une jeune femme (Sarah),  une femme âgée (Jane), un agent de sécurité (Ben), un mécano (Tony) et un commercial (Vince) à partager l'espace confiné pour une durée indéterminée. De curieux événements vont survenir et tous de réaliser que l'un des protagonistes n'est pas celui qu'il prétend être mais bien le Diable en personne. Un whodunit revisité, une diablerie moderne, en somme, revue et corrigée par son créateur, M. Night Shyamalan.
Si l'on transposait le pitch de ce long métrage au plateau des demi-finales, l'intérêt serait relatif. D'abord, parce qu'il y a plus de 600 kilomètres à vol d'oiseau entre Saint-Pétersbourg et Moscou et qu'il faudrait vraiment une très grande cage d'ascenseur pour réunir tous les acteurs au même endroit ; ensuite, parce que les Diables sont clairement identifiés, bien qu'ils ne s'habillent plus en Prada et possèdent moins de swag que celui de Boulgakov...


Devil-Movie-2010

Nous sommes le dimanche 8 juillet 2018. Après-demain débutent les demi-finales. Nul besoin de patienter la centaine de minutes traditionnelle jusqu'au twist final, voici le programme, gratuit comme un caméo de M. Night Shyamalan et bardé de suspense à chaque étage :


FRANCE – BELGIQUE

LA GROSSE COTE : Du jerk ou d'Eden, on va enfin savoir quelle est la meilleure création de Thierry Hazard...

France-Demies
Belgique-Demies


CROATIE – ANGLETERRE

LA GROSSE COTE : Banoffee pie ou banane à Split, qui sera privé de dessert ?

Croatie-Demies
Angleterre-Demies

À тантôт…